Le Teil

Article paru en mars 2017
Mis en ligne en septembre 2022

Plus qu’une ville de passage, Le Teil est devenu un lieu où il fait bon vivre. Et c'est vraiment à la croisée de tous les chemins, que cette cité des bords du Rhône s’étire au soleil, sous le mistral.
 

Le Teil doit son importance au développement du commerce sur le Rhône à une époque où naviguer au fil du fleuve était plus aisé que circuler sur les chemins boueux et mal tracés. Le commerce débuta dès l’ère chrétienne et les vestiges, dont le baptistère, du quartier de Mélas en attestent.
Ce quartier était à l’origine un poste avancé d’Alba-la-Romaine. Petit à petit, Le Teil prend de l’importance et son port, aménagé au XVIe siècle sur l’actuelle place des Sablons, accueille sur ses quais, les fruits de la vallée du Rhône, les soieries et autres marchandises. Cette place si commerçante fut même un temps choisie comme dépôt royal de sel. D’ailleurs rue Kléber, une porte d’entrée témoigne de ce temps où les greniers à sel faisaient la renommée du Teil. L’activité portuaire offre à la ville des revenus conséquents, tirés des droits de péage et de douane. Ces derniers resteront en vigueur jusqu’à la révolution française.

Dominant la ville actuelle, les ruines du château ne reflètent aucunement l’ampleur de cette forteresse. Au XIIe siècle, le seigneur Adhémar le fit bâtir en remplacement de l’ancien castrum romain de Mélas. Un ancien chroniqueur le décrivait ainsi : "Les constructions du château du Teil étaient flanquées au levant d’un énorme château sur les ruines duquel se trouve le signal et où était creusée dit-on une immense citerne qui alimentait le château et le bourg du Teil en temps de guerre. Le château-fort était entouré de murs épais à pans coupés. Au nord il était garanti par un large fossé flanqué de redoutes et de terrassements. Le château se composait de deux grands corps de bâtiments reliés ensemble par des constructions qui formaient les dépendances. D’un côté il était garanti par des fossés et de l’autre par un rocher à pic. " Fortifié au XIVe siècle, l’édifice fut complété par la construction d’une imposante tour dont il ne reste que l’assise aujourd’hui. En 1634, le cardinal Richelieu, sur ordre du Roi, fit bombarder le château depuis le fleuve. Un projectile percuta la réserve de poudre, ne laissant après lui que les ruines que nous connaissons aujourd'hui…

L'ancien bourg de Tilian se trouvait à l'intérieur des remparts. C’est ici qu’on "teillait" le chanvre, opération qui consistait à séparer les fibres textiles, d’où probablement le nom de la ville. Rapidement grâce à l’activité portuaire, la ville s'installa en s'étirant le long du fleuve. Mais les caprices du Rhône précipitèrent l’abandon de la navigation de commerce au profit surtout du chemin de fer et des routes aussi dont l'état s’améliorait peu à peu. Nous sommes au milieu du XIXe siècle. Le lit du Rhône change, des îles d’alluvions et de graviers apparaissent comme celle du Teillaret, rendant l’accostage de plus en plus difficile. En 1870 plus aucun bateau n’accoste au port du Teil.
L'activité fluviale s’acheva, alors qu'un bac traverse le Rhône.

C’est l’avènement du chemin de fer, l'activité ferroviaire bat son plein, alors qu'aujourd’hui le rail n’est plus ou si peu. Un grand dépôt de locomotive à vapeur est construit. Il fermera en 1960. Les cheminots sont nombreux à vivre en ville. Des industries nouvelles voient le jour, à l’image des usines de chaux Lafarge dont la production participera à la création du canal de Suez. Il est à noter que le premier pont jeté entre les rives drômoise et ardéchoise ne date que du milieu du XIXe siècle. Trois autres ponts lui succédèrent, le dernier est celui que nous traversons désormais. Il fut dressé en 1946, après la destruction du précédent pendant un bombardement de la seconde guerre mondiale. Montélimar et Le Teil se jouaient alors du Rhône, allant jusqu’à l’ignorer, sauf pour leur procurer de l’électricité.

Il y a très longtemps le quartier de Mélas était le centre de toute vie. Puis ce sont les hameaux du Teillaret, de Frayol et de La Violette qui accueillirent la population grandissante et l’église de Saint-Jean-de-Mélas fut délaissée au profit de Notre-Dame-de-l'Assomption, église consacrée en 1897 et financée en partie par la famille Lafarge. Dans les ruelles au-dessus du centre ville, on peut remarquer un temple protestant. Il occupe en réalité une chapelle du XIVe siècle…
En se promenant au fil des ruelles et des places du Teil, les richesses patrimoniales croisées ne manquent pas. Il faut s’affranchir de l’image de ville de transit du Teil pour s’arrêter et prendre vraiment le temps de la découverte…

 
Le peintre du Rhône
La beauté du fleuve et la navigation influèrent grandement Joseph-Xavier Mallet, né au Teil en 1827 et décédé à Montélimar en 1895. Son père, négociant en blé, envoya ce fils brillant poursuivre ses études à Privas où il afficha de belles dispositions pour la peinture et le dessin. Après avoir travaillé une quinzaine d'années sur un bateau, c'est à l’âge de trente ans, qu'il s’inscrit à Paris aux cours de l’atelier du peintre suisse Charles Gleyre. Il effectua de nombreux voyages entre la capitale et sa ville natale où il réside dans la propriété familiale. Passionné par la vie du fleuve, son œuvre fut principalement inspirée par le Rhône, et en marge par les montagnes ardéchoises. Il fut même surnommé encore de son vivant : "le peintre ordinaire du Rhône". Il affichait haut sa devise : "Le vrai avant tout chose, même s’il est choquant ou déplaisant." Aujourd’hui la grande majorité des toiles de ce peintre se trouve en Angleterre. Loin d'être oublié, la ville de Tournon expose ses oeuvres régulièrement.
À lire : "Joseph-Xavier Mallet, peintre du Rhône et de l’Ardèche", de Michel Mauger (ed : Septéditions), un remarquable ouvrage sur la vie et l’œuvre de ce peintre.
 
Un faux général
Général Breloque. Honoré Auguste Massol fut surnommé ainsi à cause de sa chaîne de montre à laquelle pendait un panel de médailles et de pendentifs… En revanche, général, il ne l’était pas. Tout juste promu adjudant général quand il s’engagea dans l’armée, ce fervent républicain connut son heure de gloire dans sa ville du Teil pendant la révolution française.



 
Texte et clichés : Bruno Auboiron