La Vestide du Pal

Entré en scène il y a près de 40.000 ans dans un formidable feu d’artifice, ce volcan semblait dormir, oublié des hommes. Il fait aujourd’hui un come-back et occupe l’actualité. Sous des aspects plus paisibles la Vestide du Pal dévoile son cadre sauvage, nous rappelle son histoire et ouvre maintenant une fenêtre insolite sur l’Ardèche de demain.
 

1ère partie

Du Néolithique à Jules César, de la Sainte famille aux seigneurs de Montlaur, c’est un travelling extraordinaire qui défile dans ce petit coin de nature situé entre Le Roux et Montpezat. Le cratère géant nous livre enfin ses secrets et s’apprête à revivre à travers un projet fou.
Ne cherchez pas ! Le mot « Vestide » ne se trouve dans aucun dictionnaire, aucune encyclopédie. La tradition orale fait ici un pied de nez à Internet pour nous dévoiler le secret de ce terme sorti du langage d’autrefois. Comme le rappelle l’historienne Régine Ribeyre de Privas, ce mot dérivé du patois désigne une parcelle de terre délaissée, abandonnée, stérile. Le mot Pal désigne, quant à lui, un sommet. Dès lors, la désignation de « Vestide du Pal » retrouve toute sa signification. Le volcan, terre aride et brûlée ayant érigé un cône sur la montagne (1263m d’altitude), s’éclaire soudain d’une image devenue réelle s’offrant en spectacle à notre regard curieux.
La géologue Maryse Aymes qui accompagne les visiteurs sur les lieux, fait une démonstration magistrale et pédagogique de cette terre depuis sa création. Aux premiers âges, peut-être à la période où les premiers hommes occupaient la grotte Chauvet, à quelques années près, le volcan du Roux, de type strombolien, est entré en éruption. La lave en fusion (1200 degrés) remontant par une fissure de la croûte terrestre a rencontré une masse d’eau en surface (d’où l’appellation de maar). Le chaud et le froid, la différence de pression, à la manière d’un bouchon de champagne, ont causé une gigantesque explosion. Des débris projetés en altitude ont été retrouvés jusque dans la vallée du Rhône. La lave incandescente, venue des entrailles de la terre, débordante, a constitué un cône de près de 5km de circonférence, peut-être le plus grand volcan d’Europe. Des projections de bombes volcaniques, de lapillis, de scories, et de cendres, montées en altitude sont retombées dans toute la région, jusque dans le secteur de Soyons. Au Pal, des monticules de scories contenant quelques morceaux de péridotite, font toujours la joie des promeneurs et celle des élèves de l’école des Mines de Nancy qui viennent régulièrement explorer le site. On y trouve encore des bombes volcaniques aux formes tourmentées par les projections.

Par une brèche ouverte sur le flanc du volcan s’écoule la Fontaulière, à sa naissance, dans le berceau même du volcan. C’est par ce passage que nous entrons dans l’immense cratère couvert de végétation et dont les forêts touffues couvrent la bordure du cône volcanique. Mais les esprits avertis découvrent entre les prairies tapissant le fond de la cuvette, les vestiges de quelques « bébés » volcans, nés dans le ventre de leur mère Vestide et surgis entre les failles de la croûte terrestre ébranlée. Aujourd’hui, ces dômes ou sucs déguisés en délicates collines agrémentent le cratère géant. De là, des chemins bordés de scabieuses aux reflets violets, de gaillets jaunes, de silènes blanches, nous entraînent dans des contrées solitaires ou débouchent dans des villages voisins (Usclade et Rieutord, à 3 km). En juin, les prairies se couvrent de tapis de fleurs des champs qui émerveillent les botanistes amateurs. On y observe quelques rares espèces, comme la raiponce mauve, reconnaissable à ses pétales échevelés. Sous les pas des marcheurs, le célèbre GR 7 conduisant du Ballon d’Alsace à la Principauté d’Andorre, se prend même,  pour traverser le volcan endormi.
Des hommes valeureux ont foulé cette terre. Les soldats de la Rome antique, sous les ordres de César sont venus jusqu’ici, en hiver, affrontant neige et burle pour surprendre les dernières tribus Arvernes et les soumettre à l’autorité de l’empire. Les légions parties de Rome ont débarqué à Marseille (Massalia) et ont cheminé par la vallée du Rhône avant de pénétrer à l’Ouest dans le territoire Helvien en passant par Alba. Les soldats ont suivi ensuite la vallée de l’Ardèche dans sa partie haute, avant de bifurquer au Nord/Est dans celle de la Fontaulière pour gagner le haut plateau, via la Vestide du Pal, en direction de Ruessium (aujourd’hui St Paulien 43) alors capitale du Vellave. Ils ont fait halte à Montpezat, où Georges Faure nous rappelle que les soldats romains, partis sans armes pour faciliter leur déplacement, les ont forgées sur place dans ce petit village des Hautes-Cévennes, devenu un temps la capitale des couteaux.

Philippe Deherripont dans sa thèse de doctorat, développe l’importance économique de la « route du Pal » et celle de Sainte Abeille toute proche, (voir Ma Bastide d'octobre 2015) à la période celtique. Aux premiers temps de l’ère Gallo-romaine, la route du Pal était le seul chemin d’échange entre le centre de la France et le Sud de l’Ardèche pour déboucher sur les plaines de Provence et du Languedoc, alors que ni la route de la Chavade, ni celle du col de l’Escrinet n’existaient. Cet axe de circulation traversant la Vestide, prend à Montpezat la dénomination de « côte du Pal ». L’enfant du pays, Laurent Haond s’est lancé dans de méticuleuses recherches d’histoire afin de localiser, de décrire et d’expliquer l’importance de cette ancienne calade, partiellement empierrée dont le pavement fut entretenu jusque dans les années 1840. L’écrivain montpezatien situe cette ancienne route passant par la draye du Pradel au Fau, puis Le Manchon avant de rejoindre la forêt de Ragnier pour atteindre Le tournant de la serre  à quelques pas du cratère du Pal où se tenait en 1291, « l’hôpital routier du Pal ». En 1713, une charte royale mentionne toujours l’importance de cette voie de circulation et d’échange, sous l’appellation de « Colte du Pal &Montpezat. ».
Ainsi la Vestide du Pal, volcan endormi, aujourd’hui coin de nature protégé dans un cadre enchanteur, est le témoin de notre histoire. C’est là, que se sont greffées, dans des esprits candides, d’incroyables légendes quasi oubliées mais que Ma Bastide a retrouvé pour vous, chers amis lecteurs. On y découvre les tribulations de la Sainte famille, ainsi que les péripéties de la vie des seigneurs de Montlaur . Et comme si le passé n’y suffisait pas, en 2016 un projet fabuleux, né de l’imagination des hommes, va offrir au volcan une nouvelle destinée…

 
Sources :
- Commentaires sur la guerre des Gaules de Jules César.
- Montpezat des Hautes Cévennes de Georges Faure.
- Les chemins de Le Roux par Philippe Deherripont.
- Le folklore du Vivarais de Pierre Charrier.
- La revue du Vivarais (2010) article de Laurent Haond.