SOPHIE SCELLIER

Article paru en juillet 2026
Mis en ligne en juillet 2026

Sophie Scellier...a la musique dans la peau

Elle n’a pas fait le conservatoire, et elle est pourtant co-directrice 
du festival Labeaume en Musiques. 

Portrait Sophie
Portrait Sophie
Elle est une amoureuse des arts, du théâtre et de la littérature. C’est d’ailleurs après ses études de lettres qu’elle tombe sur une offre d’emploi pour devenir administratrice de l’ensemble des Percussions Claviers de Lyon. Elle devient rapidement responsable de ce groupe de musique classique, et porte leur projet pour les mener jusqu’à l’international. Contrairement à bon nombre de ses collègues qui sont des musiciens, Sophie est entrée par une porte atypique et elle découvre Debussy et Tchaïkovsky par la percussion. 

15 ans, un tour du monde et 3 enfants plus tard, Sophie ressent le besoin d’un retour à la terre et quitte Lyon pour l’Ardèche. Elle connaissait bien le festival Labeaume en Musiques pour y avoir déjà assisté lors d’un concert à l’Aven d’Orgnac. Coup du destin : ils avaient besoin d’une co-directrice à ce moment-là. Depuis 10 ans elle forme un “duo de choc” avec Philippe Forget qui est chef d’orchestre et compositeur. 
 

Son entrée à Labeaume en Musiques a changé sa vie, et elle a changé la leur. 

À l’époque de sa création, le Festival se déroulait en plein cœur d’été avec quelques dates hors saison. Sophie et Philippe ont professionnalisé la structure et mis en place un véritable projet de territoire. Déplacer le festival début juin l’a rendu plus accessible aux Ardéchois, et proposer une saison nomade de plus de 40 rendez-vous culturels de septembre à mai permet de mener de nombreuses actions avec les locaux. 
C’est dans l’idée du lien avec le territoire qu’ils créent les résidences d’artistes. Plutôt que juste venir jouer leur concert et repartir, les musiciens s’imprègnent de l’Ardèche afin de créer une œuvre sur place, et parfois monter des projets en collaboration avec Labeaume en Musiques.
La fierté de Sophie, c’est de voir l’enthousiasme de la palanquée de bénévoles et de l’équipe des salariés pour organiser ces résidences. Le projet est très humaniste, les artistes sont hébergés chez les bénévoles, et tout ce petit monde est porté par les mêmes valeurs et les mêmes enjeux. Cet engagement s’est vu récompensé en 2023 par le Ministère de la Culture qui a décerné l’appellation “Scène conventionnée d’intérêt national” mention “Art en territoire” au festival.
Car Sophie Scellier n’est absolument pas intéressée par simplement organiser un concert ou même un festival, de juste attendre de voir les chiffres des retombées financières et les commentaires pour savoir si le divertissement a plu, le tout sous une injonction de réussite économique. Ce qui l’anime, ce sont toutes les relations et les liens créés entre le patrimoine, les artistes, la musique, les habitants, les élus, les enfants, les résidents d’Ehpad… 
C’est dans cette logique que cette année elle se lance avec l’association dans la création de l’Orchestre d’Ardèche. Un nouveau projet ambitieux qui fédère encore plus les musiciens locaux, et met en lumière les talents d’Ardèche, qui verra le jour en avril 2027.

Car l’ambition c’est l’accessibilité. Géographique, pour que chaque Ardéchois du Sud puisse trouver une action musicale chaque saison à moins de 15 minutes de chez lui, et financière avec beaucoup de formats gratuits ou à tarifs « libres et conscients ». 
Les musiciens et choristes amateurs locaux deviennent aussi acteurs du festival : certains concerts sont accompagnés par les élèves des écoles de musique ardéchoises. Les enfants font leurs répétitions dans des Ehpad pour apporter de l’animation, et pratiquent avec les artistes. 
L’idée est aussi de renouveler le public : pas besoin de sortir d’un grand conservatoire pour apprécier la diversité de ces concerts, et même les enfants se régalent avec des formats courts et adaptés.
D’ailleurs, depuis 2 ans, 8 des collégiens élus par le Conseil Départemental des Jeunes de l’Ardèche participent à une programmation commune. En juin, on a donc pu écouter du « rap pop électro trad franco-japonais », entre les 4 saisons de Vivaldi et le Chant de la Terre de Mahler.
Sophie souhaite emmener tous les Ardéchois, quel que soit leur profil, dans le mycélium de Labeaume en Musiques. Toute cette effervescence émanant de Sophie a donné envie à l’une de ses filles de jouer de la flûte et d’ailleurs toute sa famille est devenue bénévole pour le festival. Au-delà de l’amour pour son travail, Labeaume en Musiques est devenu un projet familial !

Mais même si 10 ans plus tard Sophie ne souhaite toujours pas jouer d’un instrument, elle reste encore fascinée par les esthétiques de la musique apportées par ces artistes du monde. Lors des 30 ans cette année on a pu voir des Camerounaises jouer de leurs mains nues des percussions dans l’eau de Labeaume selon une tradition matrimoniale, ou admirer un duo poétique entre un acrobate de cirque et une violoncelliste… 

Car finalement ne pas être musicienne et ne pas en avoir la formation, c’est permettre à Sophie Scellier d’incarner le public qu’elle vise : ne pas avoir le poids de la connaissance qui permet d’être toujours émerveillée et emportée par la musique grâce à son cœur d’enfant !
Texte : Gûlwen Heide
Clichés : Droits Réservés, Gûlwen Heide