RICHARD ROCLE

Article paru en juillet 2026
Mis en ligne en juillet 2026

Richard Rocle - Une cuisine pour ceux qui aiment manger

Il n’avait que 13 ans quand il a déclaré vouloir devenir cuisinier.
Son rêve : devenir chef de son propre restaurant et décrocher une étoile Michelin !
À cette annonce, son père l’envoie en stage au Lion d’Or, et Raymond Rajaud (le chef de cet établissement)
est devenu son mentor. Plus qu’une révélation, ce fut une confirmation :
la cuisine allait devenir l’histoire de sa vie.

Richard Rocle
Richard Rocle
Cette histoire ne s’est jamais racontée au singulier. C’est lorsqu’il était chef dans la Drôme que Richard fait la connaissance d’Angèle Faure. Elle arrive pour prendre un poste en salle dans le restaurant. Elle est repartie puis revenue, pour lui cette fois. De cette union naît une évidence : avoir une adresse rien qu’à eux, dont ils seraient les maîtres d’orchestre.

En 2006, ils ouvrent ensemble l’Auberge de Montfleury en Ardèche. Richard en cuisine, Angèle en salle. Mais elle n’est pas simplement « celle qui accueille ». Passionnée par toutes les facettes du métier, Angèle sélectionne les vignerons qui travaillent dans le respect de l’environnement et du terroir, et guide les clients dans leurs choix de vin. Deux métiers complémentaires, et une même exigence. En 2019 leur travail est récompensé, et c’est ensemble qu’ils partent à Paris pour la remise officielle de l’étoile Michelin.

Avant l’Ardèche, Richard a eu une formation solide et volontairement diverse. Lycée hôtelier, puis des restaurants en Normandie, Savoie, Drôme, Paris… Il passe par tous les registres, de la brasserie à la table haut de gamme. Le chef est un amoureux de la cuisine, un curieux des produits, et explorer toutes les facettes de la restauration lui a permis d’enrichir ses carnets de recettes au gré de ses voyages.

Dès son arrivée en Ardèche, Richard tisse des liens avec les producteurs locaux. Il le dit : « C’est ma responsabilité de cuisinier ». Il valorise ses fournisseurs sur sa carte, pour prouver qu’on peut associer gastronomie et circuits courts avec des gens qui cultivent de bons produits. Dans sa cuisine, chaque ingrédient a un prénom, comme le pain de Rémi d’Alba la Romaine, pour lequel le boulanger a travaillé deux mois à affiner la recette.
« Les carottes de machin, le veau d’untel » c’est pas du joli « storytelling », c’est un partenariat durable. C’est cet engagement qui a motivé Richard à fonder en 2013 les Toqués d’Ardèche. Cette association de chefs ardéchois partage les mêmes valeurs : manger mieux, en valorisant la gastronomie du territoire, le respect de l’environnement et une préférence pour les circuits courts. 

Mais ni le local ni l’étoile ne sont une prison, et il est le premier à le dire : s’imposer un localisme absolu serait se priver de produits de qualité comme les coquillages, le foie gras ou même le poulet de Bresse ! Parce que le territoire ardéchois ne peut pas tout donner, le chef n’hésite pas à sélectionner de beaux produits d’ailleurs, selon ses critères et son éthique. C’est d’ailleurs pour ça que leur second restaurant, ouvert en 2021, s’appelle Terroirs de Cuisine. Les Terroirs donc. Au pluriel, assumé. Les techniques de cuisson japonaises qui ont appris à la France à laisser la chair du poisson nacrée plutôt que surcuite ? Il les a intégrées sans complexe. L’Ardèche est le point de départ, pas une limite.

Son produit fétiche, c’est le ris de veau. Et par extension, les abats, que les gens ne cuisinent plus chez eux, que les restaurants ont oubliés, et que Richard s’obstine à sublimer. Il compte parmi les champions européens des produits tripiers. Sa conviction sur le sujet est simple et radicale : la noblesse d’un produit ne préexiste pas. Ce n’est pas l’ingrédient qui décide de sa valeur, c’est ce que le cuisinier en fait. Une châtaigne peut être sublime. Un ris de veau peut être banal. Ou l’inverse. Tout dépend du geste, de la technique, de l’intention. C’est pourquoi chaque jeudi, à Terroirs de Cuisine, Richard propose son “plat canaille” où on redécouvre les saveurs des pieds paquets, du tablier de sapeur, ou encore des tripes.
 
Auberge de Montfleury 2023 - Crédit Barbara Jarjat Gûlwen Heide
Auberge de Montfleury 2023 - Crédit Barbara Jarjat Gûlwen Heide
Plat Terroirs de Cuisine 2026
Plat Terroirs de Cuisine 2026
À Terroirs de Cuisine à Lavilledieu, Richard et Angèle accueillent tous ceux qui aiment manger, tout simplement. Pas pour une occasion spéciale, pas pour impressionner, comme quand on réserve dans un étoilé. Juste venir comme à la maison, dans un lieu chaleureux et authentique. Pour une vingtaine d’euros, on découvre une carte enracinée composée de plats gourmands, faits maison à partir de produits frais, devant le client. Car fini les cuisines cachées. Ici les cuisiniers travaillent dans une cuisine totalement ouverte sur la salle. À Montfleury, il y avait la Table du Chef, cette table privilégiée devant la cuisine où quelques heureux pouvaient observer le ballet des équipes. À Terroirs de Cuisine, toutes les tables sont la Table du Chef. C’est aussi une façon de dire que le métier est beau à montrer, que les équipes méritent d’être vues et que l’humain est au centre de la bonne cuisine.

En avril 2026, Alesandrelli Mati, le second de Richard Rocle depuis des années, reprend l’Auberge de Montfleury avec son étoile. À 27 ans, c’est le rêve de sa vie que réalise le jeune chef : il a quitté l’Argentine pour devenir chef étoilé en France. Richard a la fierté d’avoir transmis son restaurant, avec son étoile, à un jeune homme qui a traversé l’Atlantique pour exaucer son vœu le plus cher.

Terroirs de Cuisine, ce n’est pas une retraite pour Richard. Il a réalisé exactement le rêve de gamin qu’il s’était fixé à 13 ans, l’a mené jusqu’au bout, et a décidé que la suite s’écrirait à Lavilledieu. Une adresse plus accessible, mais avec la même rigueur sur les produits et le même amour de la bonne cuisine. Et toujours, encore, avec Angèle à ses côtés pour la suite de cette saga.
 






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Pour un nouveau livre. "
Salle Terroirs de Cuisine
Salle Terroirs de Cuisine
Texte et clichés : Gûlwen Heide