L’œuvre littéraire et agricole
Lors d’un voyage à Paris, il tente de rencontrer Henri IV sans y parvenir, mais il profitera de son séjour pour écrire un « échantillon » de son célèbre Théâtre d’agriculture et mesnage des champs. Ce n’est qu’au retour de son voyage dans la capitale que le Roi, séduit par les travaux d’Olivier de Serres, va lui commander 15 000 à 20 000 pieds de mûriers pour « introduire la soie jusqu’au cœur du royaume ».
Les hivers successifs de froidure intense, survenus en France à cette époque, ont passablement endommagé les châtaigniers. Les paysans se tournent alors vers une autre source de revenus : l’élevage du ver à soie. Olivier de Serres devient alors le fer de lance des nouvelles productions de mûrier nécessaires à l’alimentation des chenilles voraces. La nouvelle culture va entraîner une augmentation considérable des revenus des paysans et relancer l’économie française durant près de trois siècles(2).
Le 1er juillet 1600, il publie Théâtre d’agriculture et mesnage des champs qui va le hisser au rang des plus grands et faire de lui le père de l’agriculture moderne. Son ouvrage, de plus de 1 000 pages, traite de manière scientifique des techniques agricoles et des recherches pour améliorer les productions par l’expérimentation. De manière très subjective, on retiendra près de 200 pages de son traité consacrées à l’étude de la vigne et du vin. Il dresse alors un inventaire précis des variétés (appelées complants) cultivées en Vivarais. Il classe les cépages en fonction de leur robustesse et de leur adaptation aux sols, soulignant en parallèle la qualité des vins de production. Olivier de Serres devient, sans le savoir, le gardien de la mémoire collective et le conservateur d’un patrimoine national et international. À ce titre, les Ardéchois lui doivent la mention concernant le Chatus, présent avant l’arrivée du phylloxera, mais surtout la Raisaine, vigne emblématique du patrimoine ardéchois dont il fait état pour la première fois. Toutefois, la raisaine ne subsiste plus que chez quelques producteurs de vin blanc, notamment à Laurac-en-Vivarais. Ces grappes possèdent par ailleurs des qualités permettant de produire des raisins secs odorants, très appréciés autrefois.
Les conclusions de l’agronome ardéchois vont faire l’objet d’extraits thématiques au cours des siècles, repris dans diverses compilations publiées dès 1947, notamment les Écrits sur la vigne et le vin. Ajoutons, à titre anecdotique, l’insistance d’Olivier de Serres à orienter les agriculteurs vers la production d’amandiers, dont le fruit résiste à la putréfaction. Ses observations à ce sujet vont permettre de sublimer le nougat de Montélimar dont ces fruits constituent par leur parfum une adjonction pertinente.