OLIVIER DE SERRES

Article paru en juillet 2026
Mis en ligne en juillet 2026

Olivier de Serres - Père de l’agriculture française

L’Ardèche est un terreau florissant dans lequel des graines d’exception ont produit nombre de célébrités. 
De François-Antoine Boissy d’Anglas à Marc Seguin. De Joseph Montgolfier à Louis Léopold Ollier, 
ce pays n’en finit pas de nous surprendre.
N’oublions pas Olivier de Serres venu prendre place au premier rang.

Statue Olivier de Serres au domaine du Pradel
Statue Olivier de Serres au domaine du Pradel
Ecce homo
Né en 1539 à Villeneuve-de-Berg, au sein d’une fratrie de cinq enfants, le jeune Olivier est bercé par la douceur de la Renaissance française mais connaîtra bientôt les affres des guerres de Religion. Issu d’une famille aisée, qui a fait fortune dans le commerce des draps, cette position va lui permettre de recevoir les meilleurs enseignements et notamment de bénéficier d’un précepteur privé. Ainsi, va-t-il étudier le latin et le grec mais surtout, développer d’étonnantes facultés d’observation. Cette qualité sera sans doute le fil conducteur guidant ses travaux. Très attentif à son environnement naturel, il ramènera de ses voyages en Italie, en Allemagne, en Suisse, de nombreux exemples puisés chez nos voisins. À 18 ans, il achète le moulin du Pradel, puis les terres avoisinantes, devenant « Seigneur du Pradel ». Il y résidera pendant près de quarante ans pendant lesquels il exercera un droit de justice sur ses terres. À 22 ans, il entre dans la vie religieuse et se rend à Genève pour parfaire sa formation. Huguenot convaincu, porteur de la fonction de diacre, il combattra pour ses convictions, sa vie durant, même s’il est présenté surtout comme « un homme de Paix ». Sa présence aux côtés du Duc de Rohan (1), face à Guillaume de Vogüé lors de la signature de la « Paix de la Borie » en 1576 à Pradons, atteste de sa farouche volonté de ramener le calme au moment où les exactions des deux parties sont à leur apogée en Vivarais.

En 1628, sur ordre du Roi Louis XIII, sa propriété du Pradel est assiégée par les seigneurs catholiques de Montmorency et de Ventadour puis incendiée. De sa demeure rasée, son fils Daniel relèvera le bâtiment, toujours présent de nos jours et situé sur l’aile sud du domaine.

L’œuvre littéraire et agricole
Lors d’un voyage à Paris, il tente de rencontrer Henri IV sans y parvenir, mais il profitera de son séjour pour écrire un « échantillon » de son célèbre Théâtre d’agriculture et mesnage des champs. Ce n’est qu’au retour de son voyage dans la capitale que le Roi, séduit par les travaux d’Olivier de Serres, va lui commander 15 000 à 20 000 pieds de mûriers pour « introduire la soie jusqu’au cœur du royaume ». 
Les hivers successifs de froidure intense, survenus en France à cette époque, ont passablement endommagé les châtaigniers. Les paysans se tournent alors vers une autre source de revenus : l’élevage du ver à soie. Olivier de Serres devient alors le fer de lance des nouvelles productions de mûrier nécessaires à l’alimentation des chenilles voraces. La nouvelle culture va entraîner une augmentation considérable des revenus des paysans et relancer l’économie française durant près de trois siècles(2).
Le 1er juillet 1600, il publie Théâtre d’agriculture et mesnage des champs qui va le hisser au rang des plus grands et faire de lui le père de l’agriculture moderne. Son ouvrage, de plus de 1 000 pages, traite de manière scientifique des techniques agricoles et des recherches pour améliorer les productions par l’expérimentation. De manière très subjective, on retiendra près de 200 pages de son traité consacrées à l’étude de la vigne et du vin. Il dresse alors un inventaire précis des variétés (appelées complants) cultivées en Vivarais. Il classe les cépages en fonction de leur robustesse et de leur adaptation aux sols, soulignant en parallèle la qualité des vins de production. Olivier de Serres devient, sans le savoir, le gardien de la mémoire collective et le conservateur d’un patrimoine national et international. À ce titre, les Ardéchois lui doivent la mention concernant le Chatus, présent avant l’arrivée du phylloxera, mais surtout la Raisaine, vigne emblématique du patrimoine ardéchois dont il fait état pour la première fois. Toutefois, la raisaine ne subsiste plus que chez quelques producteurs de vin blanc, notamment à Laurac-en-Vivarais. Ces grappes possèdent par ailleurs des qualités permettant de produire des raisins secs odorants, très appréciés autrefois. 
Les conclusions de l’agronome ardéchois vont faire l’objet d’extraits thématiques au cours des siècles, repris dans diverses compilations publiées dès 1947, notamment les Écrits sur la vigne et le vin. Ajoutons, à titre anecdotique, l’insistance d’Olivier de Serres à orienter les agriculteurs vers la production d’amandiers, dont le fruit résiste à la putréfaction. Ses observations à ce sujet vont permettre de sublimer le nougat de Montélimar dont ces fruits constituent par leur parfum une adjonction pertinente.

 
L’Institut Olivier de Serres
Sous une appellation quelque peu solennelle se cache en réalité une association née en 1939 sous le nom de Comité National Olivier de Serres, dont le but est de faire connaître Olivier de Serres et son ouvrage Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, ainsi que tous les objets qui contribuent à la conservation de sa mémoire. Riche de 75 membres, qui organisent tous les ans un cycle de conférences, ceux-ci n’hésitent pas à transporter leur savoir à l’extérieur. A titre exceptionnel, l’Institut Olivier de Serres accueille sur le domaine de Mirabel et sur rendez-vous des groupes en lien avec le tourisme ou la culture.
Dans ses murs, le siège de l’association cache amoureusement des ouvrages historiques regroupant les travaux de l’agronome ardéchois. Une armoire forte protège ces exceptionnels livres rares et précieux comprenant notamment des éditions originales. 
C’est avec un réel engagement et une profonde passion que M. Vidal, président de l’association, conduit les conférences, anime les visites du MuséAl, n’hésitant pas à cette occasion à endosser le costume d’Olivier de Serres, afin de faire revivre la mémoire du seigneur du Pradel.

M. Vidal, Président de l'Association.JPGMalle de voyage ayant appartenu à Olivier de Serres..JPG
Le domaine du Pradel
Placé sous l’autorité du Lycée professionnel agricole d’Aubenas et sous la tutelle de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, le domaine du Pradel s’étend sur près de 150 hectares, constituant aujourd’hui une vaste plateforme d’échanges et de transmission des savoirs dans le domaine de l’agriculture moderne. L’antenne de l’université de Grenoble-Alpes (le CERMOSEM) installée ici depuis 1994, y accueille des enseignants et des chercheurs (notamment en géographie) qui proposent des formations pour 50 à 60 étudiants préparant une licence professionnelle.
Le domaine comprend également, sur les sites répartis entre Aubenas et Mirabel, un vaste établissement public local destiné à l’enseignement regroupant outre le Lycée d’Enseignement Général, Technique et Professionnel (LEGTA), un Centre de Formation Professionnel pour Adultes (CFPPA), une exploitation agricole (la ferme caprine, qui offre à la vente ses productions de fromage), un atelier technologique (La ferme Olivier de Serres). Perpétuant la tradition, la vigne est présente sur près de 15 hectares et le domaine dispose d’une cave produisant son propre vin, également mis en vente. Outre les aspects éducatifs et agricoles, des activités très variées se déroulent sur un domaine largement ouvert sur l’extérieur, parmi lesquelles on peut citer : la visite des jardins, la découverte de l’espace Muséal, la truffière expérimentale, la dégustation de biscuits, mais également les stages ouverts aux apiculteurs amateurs ainsi qu’aux éleveurs de reines, etc.
Ponctuellement, le site du Pradel accueille des manifestations d’envergure, telles que le Salon de l’Agriculture ardéchoise ou l’organisation d’ateliers liés à la culture scientifique et technique (avec, notamment la démonstration de drones).

Le pays de Berg résonne encore du nom d’Olivier de Serres et de son histoire, tandis qu’au-dessus du domaine du Pradel, à Mirabel, plane toujours l’ombre du génial agronome.
(1) Duc de Rohan II, chef des armées françaises protestantes, en inspection dans le sud de la France est appelé en Vivarais afin de calmer l’ardeur des troupes se livrant à des exactions sanglantes. Le traité, signé au château de la Borie, ramènera la paix, un temps …
(2) La maladie de la pébrine, identifiée en 1849, va détruire l’économie de la soie. À ce fléau va s’ajouter le percement du canal de Suez qui, en rapprochant l’Asie de l’Europe, développe la concurrence des soies étrangères. Par ailleurs, l’apparition de la soie artificielle, vers 1884, va porter le coup de grâce à la production industrielle de la soie naturelle, amorçant le déclin des moulinages en Ardèche.
Texte et clichés : Henri Klinz