MARC LADREIT DE LACHARRIERE

Article paru en juillet 2026
Mis en ligne en juillet 2026

Marc Ladreit de Lacharrière et l’Ardèche

L’homme d’affaires et mécène est connu pour ses activités culturelles à l’échelle nationale : 
il possède la prestigieuse Revue des Deux Mondes, il a financé la restauration de la célèbre Victoire de Samothrace
qui se trouve au Louvre, il a donné au musée du quai Branly une collection exceptionnelle d’œuvres africaines 
et océaniennes. Ses actions pour l’Ardèche sont moins connues. À la demande de Ma Bastide, il les précise.

Portrait_Marc Ladreit de Lacharrière
Portrait_Marc Ladreit de Lacharrière

Pouvez-vous nous expliquer votre attachement à l’Ardèche, qu’il s’agisse de vos origines familiales ou de votre enfance à Coux ?    

L’Ardèche est profondément ancrée dans l’histoire de ma famille, c’est mon berceau familial depuis plus de 750 ans. Pendant mon enfance, elle était notre port d’attache. Ma mère rêvait de voyages lointains, mais mon père obtenait toujours gain de cause et nous passions tout l’été à Coux, de juin à septembre. Mon frère et moi y retrouvions nos cousins et cousines et nous vivions quasiment en autarcie sur le domaine familial. Nous partagions les travaux des champs avec les fermiers de Lubilhac. Après les fenaisons venaient les récoltes des pêches, puis, enfin, les vendanges. Toute la famille prenait part aux repas de fête qui marquaient la fin des récoltes. Ces vacances étaient synonymes de liberté et de joie. Aujourd’hui encore, bien que mes activités professionnelles m’appellent trop souvent loin de l’Ardèche, c’est toujours ici, dès que je le peux, que je réunis ma famille et que je me ressource pleinement.
 

Vos activités en faveur de la culture et du patrimoine ardéchois ne sont pas toujours connues. Pouvez-vous nous indiquer les projets dans lesquels vous vous êtes investi ?

La grotte Chauvet : 
Je ne pouvais pas envisager de rester les bras croisés pendant que d’autres portaient la candidature de la grotte Chauvet, le « premier grand chef-d’œuvre de l’humanité » — et ardéchois, à son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. D’autant qu’en tant qu’ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO en charge de la diversité culturelle, j’avais l’opportunité d’œuvrer, en toute légitimité, de m’investir et de soutenir pleinement cette candidature.

Afin de donner plus d’ampleur à mon engagement, j’ai souhaité en 2011 créer l’Association pour le rayonnement de la Grotte Chauvet que je préside toujours. Je l’ai fondée avec Pascal Terrasse, député de l’Ardèche de 1997 à 2017, qui présidait alors le Conseil départemental d’Ardèche. Notre objectif était naturellement d’œuvrer à son inscription, mais aussi de la faire connaître au plus grand nombre. Nous avons travaillé sans relâche, l’enjeu était de taille, d’autant que la France présentait un deuxième candidat, la chaîne des Puys en Auvergne et que la concurrence au niveau mondial était rude. Le 22 juin 2014, le classement de la grotte Chauvet a été officialisé par le Comité du patrimoine mondial. C’est une grande fierté d’avoir contribué à ce que ce trésor soit ainsi reconnu, mais aussi une grande joie de savoir qu’il est désormais partagé avec le monde entier. Je poursuis d’ailleurs les actions de l’association en ce sens, en lien étroit avec le Syndicat mixte de l’Espace de Restitution de la Grotte Chauvet. 
 

La restauration de l’église de Lubilhac : 
Quand j’étais petit, j’allais souvent à ce qui était alors la « ferme » de Lubilhac (l’église ayant été progressivement abandonnée depuis la fin du XVIe siècle)… et je m’étais promis que si je réussissais professionnellement ma vie, je la restaurerais. À la fin des années 1990, j’ai pu honorer cette promesse faite à moi-même et j’ai entrepris de faire renaître de ses ruines l’église romane de Lubilhac, une des rares de la région de Privas, comparable aux églises de Pranles et de Pourchères. Ce projet de longue haleine me tenait à cœur : les liens entre cet édifice et ma famille remontent au moins au XIVe siècle. À une époque où prime le goût de l’éphémère, j’ai mené cette longue entreprise patrimoniale achevée en 2010, pour fait revivre un témoignage concret du passé et pour le transmettre à l’avenir. À travers elle, c’est un peu de l’histoire locale qui se trouve mise en lumière, et c’est avec plaisir et fierté que j’en ouvre chaque année les portes au public à l’occasion des Journées du patrimoine.
 
Eglise St-Pierre de Lubilhac après restauration
Eglise St-Pierre de Lubilhac après restauration
La Victoire de Samothrace
La Victoire de Samothrace
 

Je suppose que vous avez contribué à d’autres interventions culturelles dans le département ? 

Depuis la création de mon groupe FIMALAC en 1991, je vis une double vie, celle d’un entrepreneur et celle d’un citoyen engagé. En effet, je suis convaincu que le succès professionnel ne doit pas être une fin en soi ; celui qui réussit doit s’engager au service de la Cité et du bien commun. Naturellement, une grande partie de mes engagements se déploient au niveau national, mais l’Ardèche y tient une place particulière. 
À travers le fonds de dotation Abbaye de Lubilhac qui y est dédié, ma famille soutient des actions ambitieuses à l’échelle du territoire ardéchois, dans le champ de la culture et du patrimoine, des pratiques artistiques et culturelles, en faveur de la diversité et de la cohésion sociale. Je pense notamment aux 07 Merveilles de l’Ardèche, un programme développé par le département avec l’objectif de mettre en avant des sites patrimoniaux comme promoteurs de l’attractivité du territoire. Depuis trois ans, nous en soutenons le volet événementiel, à travers sept événements ouverts gratuitement au grand public, comme des concerts, des pièces de théâtre, des ateliers ou encore des balades contées, répartis sur tout le territoire, comme à Rochemaure, Aubenas, Tourette-en-Vivarais ou encore Sainte-Eulalie pour n’en citer que quelques-uns.
 

Êtes-vous intervenu dans d’autres domaines ou structures, par exemple dans le social, qui pourraient intéresser les Ardéchois ? 

Dès que je le peux, je me mets au service de l’Ardèche et des Ardéchois, en particulier dans le cadre de mes engagements contre les exclusions et les inégalités dont souffrent trop de nos concitoyens, que ce soit dans les domaines de la culture, de l’emploi ou encore de la santé et en particulier celle des femmes. 
À ce titre, je soutiens depuis l’origine, la fondation Agir pour le Cœur des Femmes, qui mène des actions concrètes de prévention des maladies cardiovasculaires, la première cause de mortalité des femmes en France. Avec l’objectif d’avoir sauvé 100 000 vies d’ici 2030, Agir pour le Cœur des Femmes intervient véritablement dans un des angles morts de nos politiques de santé publique. Son modèle de prévention collective et collaborative est unique en France, elle est largement reconnue par les institutions, en particulier ses opérations nationales de dépistage gratuit, avec le Bus du Cœur des Femmes et la Journée du Cœur des Femmes. En tant que membre fondateur de ces opérations, j’ai naturellement proposé à Michel Valla, le Maire de Privas, d’y organiser une étape du Bus du Cœur des Femmes. Le succès de la première édition en 2022 a été rapidement suivi d’une seconde opération l’année suivante. Depuis 2024, Privas organise chaque année deux Journées du Cœur des Femmes avec son Centre hospitalier. Je m’en félicite, car au total, ce sont déjà près de 700 Privadoises qui ont pu être dépistées, et j’espère bien plus encore ! Il y a quelques mois, j’ai eu le plaisir de remettre un Prix au Maire de Privas, pour son engagement en faveur de la santé des femmes.

 
Texte : Benoit Pastisson
Clichés : Droits Réservés, Collection Marc Ladreit de Lacharrière