Une réalisation pharaonique
Élu maire d’Aubenas après la démission de M. Marze en 1858, un projet grandiose germe dans l’esprit de Jean Mathon : amener l’eau courante dans la ville. Malgré la désapprobation de ses conseillers, il décide de capter la source de l’Espissard près du volcan d’Aizac. Cette source a un débit de 25 litres /seconde, même en période de sécheresse(1). Un chantier gigantesque prend alors forme, conduisant à la réalisation d’une conduite souterraine de 12,741 km, sur laquelle est installé à la hauteur du pont de Vals, un syphon inversé dont la pression permet de remonter le flux jusqu’au sommet de la colline d’Aubenas. Dans la ville, 43 bornes-fontaines sont installées. Elles portent chacune un nom de femme et l’identité de leurs parrains et marraines.
Le 23 juin 1863, alors que l’homme se repose dans sa propriété près de Berzème, accablé par les jalousies et les obstacles rencontrés pour la réalisation de son projet, son majordome vient le chercher en hâte. L’évènement vient de se produire…
Il rentre précipitamment à Aubenas en fin d’après-midi alors que les cloches sonnent à la volée et que les 43 fontaines livrent une eau de source à volonté, claire et pure. C’est un moment de liesse. Il apparaît au balcon de sa maison, acclamé par la foule en compagnie de son épouse, gravement malade. Irma a sombré dans la dépression, amaigrie, affligée par les insultes et les médisances de certains qui, ne pouvant s’en prendre à son époux, se sont vengés sur elle. Elle meurt huit mois plus tard.
Jean Mathon ajoute à son œuvre principale l’ouverture des rues de la Cloison et de la Grange dans la plus pure tradition haussmannienne, puis de la rue Tartary en 1865. Outre la construction de trottoirs il fait installer l’éclairage public au gaz dans le centre-ville et ajoute en 1859 la construction de la place de l’Airette(2) agrémentée d’un lavoir ainsi qu’un abattoir municipal.
Nommé chevalier de la Légion d’honneur, Jean Mathon abandonne sa fonction de maire le 2 août 1864 mais se fait élire conseiller général du canton de Montpezat. Moins d’un an plus tard, il épouse une très jeune fille, Annette Sylvie Saladin. Cette union soudaine, si peu de temps après le décès d’Irma lui vaut de nombreuses inimitiés. Contre toute attente c’est au cours d’une séance du conseil général de l’Ardèche à Privas, que frappé d’apoplexie, il meurt subitement dans l’après-midi. La population d’Aubenas et des environs assistera en masse à ses obsèques(3). Pour la circonstance, les fontaines de la ville sont recouvertes d’un voile noir. Son épouse ne participera pas à la cérémonie mortuaire. Elle est alitée. Deux jours après la mort de son mari elle met au monde une petite fille baptisée du prénom de Marie-Joséphine.
Épilogue
Le 12 août 1901 les habitants reconnaissants inaugurent un monument-fontaine, à la mémoire de leur bienfaiteur(4). Une souscription populaire avait recueilli les dons de 635 donateurs, auxquels s’ajoutaient 2 000 francs offerts par la municipalité ainsi que la participation discrète de quelques personnalités lyonnaises.
On doit à l’historien Kevin Sottile-Bourdon, d’avoir retrouvé l’emplacement probable des bornes-fontaines aujourd’hui disparues. Ce plan figure dans son ouvrage Jean Mathon, un itinéraire en questions.
Aujourd’hui encore, la municipalité d’Aubenas perpétue l’image de Jean Mathon à travers sa réalisation principale. À cette occasion La fête des fontaines se déroule chaque année aux environs de la Saint-Jean (24 juin).