JEAN FERRAT

Article paru en juillet 2026
Mis en ligne en juillet 2026

Jean Ferrat - L’Ardèche... une histoire intime

Même si nous n’écoutons plus si souvent les chansons de Jean Ferrat, force est de constater que ses paroles et ses musiques ont façonné l’histoire de la chanson française. Au même titre, sa présence dans le vallon du Mas a façonné l’image du petit village d’Antraigues-sur-Volane et plus largement de l’Ardèche. 
Retour sur une vie passée.

Jean Ferrat portrait
Jean Ferrat portrait
Jean Ferrat est un pseudonyme choisi pour la scène. De son vrai nom, Jean Tenenbaum, il est né le 26 décembre 1930 à Vaucresson, en Ile-de-France, et mort à Aubenas le 13 mars 2010. Son père, Mnacha Tenenbaum, était un juif russe immigré en France en 1905 et naturalisé français en 1928 et sa mère, Antoinette Malon, une parisienne descendante d’une famille auvergnate venue prospérer dans la capitale.
 

Le souvenir ne vieillit pas

Jean Ferrat fut l’auteur et l’interprète de chansons aux influences diverses, tantôt poétiques avec l’appui des textes d’Aragon, tantôt politiquement engagées et soumises à la dure loi de la censure de l’époque. Ses inclinaisons politiques épousaient la ligne du Parti Communiste Français, qui à l’époque comptait vraiment sur la scène nationale. Cela ne l’empêchait nullement de jeter plus qu’un œil critique sur les choix de ses dirigeants avec pour conséquence des périodes d’éloignement temporaire.
Cet affichage public ne nuira jamais au succès populaire qui l’accompagna pendant toute sa vie d’artiste et même au-delà de sa disparition. Pour s’en convaincre, il suffit de passer la porte du cimetière du village à la saison touristique et de constater la fréquentation de la maison-musée qui lui est dédiée au cœur d’Antraigues, sur la place où il aimait retrouver ses amis pour une partie de boules.

Ce chanteur était un humaniste avant tout. Il avait en lui de profondes valeurs sociales ancrées qu’il mettait en avant dans ses chansons. Ces dernières ne semblent d’ailleurs pas vieillir. Il parlait en son temps de thèmes qui font l’actualité, il critiquait les méfaits de la mondialisation, l’impact des médias sur le comportement des jeunes, les problèmes écologiques. Comment ne pas être sensible à ce discours là ? La politique, les guerres, les dictatures, l’émancipation de la femme, le racisme sont autant de thèmes qui trouvèrent un écho dans la voix de l’artiste. En 2020, pour le dixième anniversaire de sa disparition, Pascal, un touriste rencontré au village et sortant à peine du cimetière, affirmait : « Jamais je ne pourrais oublier Jean Ferrat. Il a chanté et nous a enchantés. Ses textes étaient tellement vrais et forts, et pour certains en avance sur leur temps : écoutez-les avec attention. »
 
conférence Silvestre photo Marc
conférence Silvestre photo Marc
maison jean ferrat 001
maison jean ferrat 001


Comme un enfant du pays

La quarantaine passé, Jean Ferrat décida de se mettre en retrait du monde artificiel de la chanson. Grâce à sa rencontre avec l’artiste peintre local et décorateur de cinéma Jean Saussac, il trouva un havre de paix dans sa maison du hameau du Mas. C’est en 1964 qu’il la découvrit, vieille ferme un peu à l’écart dans un vallon. Il se raconte qu’au cours de son premier été ici, il aurait composé la célèbre chanson « La Montagne » à la terrasse du restaurant Lo Podello en trente minutes. Une fulgurance ! « Pourtant que la montagne est belle… », ce sont celles entourant son village d’Antraigues-sur-Volane qu’il évoque dans cette chanson aux côtés des châtaigniers, de la tomme de chèvre et des vieux. Certes ce n’était pas original mais cela parlait au cœur ! En 1973, il s’installa à temps plein en Ardèche, avec sa seconde épouse Colette. Cette dernière, quelques décennies plus tard fut à l’origine de la création de la Maison Jean Ferrat, imaginée entre les murs d’un ancien café donnant sur la place que son mari aimait tant et où il se sentait si bien. 

Puisé dans les archives de l’Institut National de l’Audiovisuel, son ami Jean Saussac, qui fut aussi maire du village – Jean Ferrat fut l’un de ses conseillers municipaux –, témoigne : « Si Ferrat est venu ici après le hasard heureux de notre rencontre c’est qu’il a dû se reconnaître dans ce pays. Ferrat que je prends pour un ami et une anti-vedette de la chanson, a toutes les qualités de discrétion et de modestie, peut-être d’apparente rudesse. C’est finalement le portrait de l’Ardèche que je fais en faisant le sien. C’est son pays, c’est sa terre. » Alors pêcheur à la mouche, jardinier, joueur de boules, fidèle en amitié, Jean Ferrat a su se fondre dans les montagnes locales, se glisser sur leurs pentes et trouver sa place au bistrot du village pour porter un regard aiguisé sur sa vie. Il a su léguer à Antraigues un petit peu de ce qu’il était et que les visiteurs viennent chercher.
En savoir plus

Maison Jean Ferrat

www.jean-ferrat-antraigues.com

La bonne occasion pour découvrir cet artiste, outre la visite de l’espace muséographique qui lui est dédié, est le Festival Jean Ferrat qui se déroulera les 10, 11 et 12 juillet. 
Il est organisé par l’association « Jean Ferrat Culture et Chansons » avec le soutien de la commune qui en avait créé la première édition en 2011. 
Pour découvrir l’attirante programmation : festivaljeanferrat.fr
Texte : Bruno Auboiron
Clichés : Bruno Auboiron, Collection Maison Jean Ferrat