Comme un enfant du pays
La quarantaine passé, Jean Ferrat décida de se mettre en retrait du monde artificiel de la chanson. Grâce à sa rencontre avec l’artiste peintre local et décorateur de cinéma Jean Saussac, il trouva un havre de paix dans sa maison du hameau du Mas. C’est en 1964 qu’il la découvrit, vieille ferme un peu à l’écart dans un vallon. Il se raconte qu’au cours de son premier été ici, il aurait composé la célèbre chanson « La Montagne » à la terrasse du restaurant Lo Podello en trente minutes. Une fulgurance ! « Pourtant que la montagne est belle… », ce sont celles entourant son village d’Antraigues-sur-Volane qu’il évoque dans cette chanson aux côtés des châtaigniers, de la tomme de chèvre et des vieux. Certes ce n’était pas original mais cela parlait au cœur ! En 1973, il s’installa à temps plein en Ardèche, avec sa seconde épouse Colette. Cette dernière, quelques décennies plus tard fut à l’origine de la création de la Maison Jean Ferrat, imaginée entre les murs d’un ancien café donnant sur la place que son mari aimait tant et où il se sentait si bien.
Puisé dans les archives de l’Institut National de l’Audiovisuel, son ami Jean Saussac, qui fut aussi maire du village – Jean Ferrat fut l’un de ses conseillers municipaux –, témoigne : « Si Ferrat est venu ici après le hasard heureux de notre rencontre c’est qu’il a dû se reconnaître dans ce pays. Ferrat que je prends pour un ami et une anti-vedette de la chanson, a toutes les qualités de discrétion et de modestie, peut-être d’apparente rudesse. C’est finalement le portrait de l’Ardèche que je fais en faisant le sien. C’est son pays, c’est sa terre. » Alors pêcheur à la mouche, jardinier, joueur de boules, fidèle en amitié, Jean Ferrat a su se fondre dans les montagnes locales, se glisser sur leurs pentes et trouver sa place au bistrot du village pour porter un regard aiguisé sur sa vie. Il a su léguer à Antraigues un petit peu de ce qu’il était et que les visiteurs viennent chercher.