Dans les décennies qui suivent, d’autres procédés de fabrication de soie artificielle apparaissent : en 1897, le « cupro » est réalisé avec un procédé cuivre-ammoniaque inventé par un Allemand. Il a un toucher plus fin et plus soyeux et il est moins sujet aux taches d’eau. En 1903, la viscose, produite à partir de cellulose du bois, est inventée en Angleterre.
Les trois procédés concurrents ont des coûts de production très différents. Le premier, celui de Chardonnet s’avère être le plus cher, 15 francs le kilo ; celui allemand au cuivre, le cupro, revient à 12 francs et le procédé anglais, la viscose, revient à 9 francs. Pour cette raison, ce dernier s’impose rapidement sur le marché européen. À Vals, tous les procédés vont être fabriqués les uns après les autres. Auguste Delubac obtint une sous-licence pour une fabrication journalière de cinq cents kilos de viscose dans son « Bateau » et fonde La Société ardéchoise de Moulinage pour la fabrication de la soie viscose. La soie artificielle se développe fortement. En 1914, on compte une dizaine d’usines dans toute la France. Grâce au système de filature sur bobine qu’il invente et au savoir-faire de la main-d’œuvre, son entreprise produit une viscose d’une grande qualité. Les résultats provoquent la convoitise de ses concurrents. La Société qui lui avait cédé la production sous licence d’exploitation la lui enlève et se fait nommer gérante. Les machines d’Auguste Delubac, jugées trop faciles à contrefaire, sont démolies à coups de masse et remplacées par des machines à turbine.
Le nom de « soie artificielle » est utilisé en France jusqu’à ce qu’une loi interdise cette appellation en 1934, les milieux séricicoles protestant contre une concurrence déloyale. Le terme de « rayonne » (apparu seulement dans les années 20) est ensuite employé.
En 1916, Delubac, jamais à court d’idées, invente aussi le « tissu avion ». Cette « cuirasse individuelle » composée de quatre épaisseurs de tissu pesait 600 grammes au mètre carré, elle pouvait arrêter des éclats d’obus ou de grenades.
Dans sa vie privée, Auguste Delubac était connu pour être un original : il mangeait 12 œufs chaque matin, et il chassait les rats qui rodaient dans les salles des turbines pour… les manger ! À Vals, son usine a fait travailler jusqu’à mille personnes en même temps. Pour épargner les odeurs désagréables qu’entraînait la fabrique de la viscose, il n’a pas hésité à faire construire une cheminée de 90 mètres de haut, 20 mètres de plus que les tours de Notre-Dame de Paris.
Si Auguste Delubac est resté un inventeur injustement méconnu, sa petite-fille, Jacqueline Delubac, a été une star de cinéma très médiatisée.
À partir du « Bateau », amarré au confluent de l’Ardèche et de la Volane, la « rayonne » a illuminé de ses éclats le monde pendant plusieurs décennies. Pendant toute cette période, Vals n’était-elle pas devenue à sa façon l’équivalent ardéchois du phare d’Alexandrie ?