ANNE DE JOYEUSE

Article paru en juillet 2026
Mis en ligne en juillet 2026

Anne de Joyeuse - Mignon du Roi

Le nom de Anne de Joyeuse vient bousculer les croyances. Ce n’est pas un éphèbe. 
L’Ardéchois est entré dans l’histoire de France par la grande porte et la quitte glorieusement sous le règne d’Henri III, 
les armes à la main. Il est l’un des deux plus importants favoris du Roi, portant le qualificatif d’archimignon.

Anne de joyeuse
Anne de joyeuse
L’homme
Anne de Joyeuse est le fils(1) (car c’est un homme !) de Guillaume II de Joyeuse, militaire de haut rang à la tête de l’ancienne baronnie de Joyeuse, (érigée en vicomté en 1431) et de Marie de Batarnay. Venu au monde dans une famille appartenant à la noblesse d’épée, les historiens situent sa naissance en 1559/1560, probablement à Joyeuse, en Vivarais. Sa mère est membre d’une lignée également issue de la haute noblesse à laquelle appartient notamment Diane de Poitiers. Les rameaux de son arbre généalogique porteront des images célèbres parmi lesquelles on retiendra celle de la duchesse de Wittelsbach, plus connue sous le nom de "Sissi", ainsi que la famille Grimaldi en la personne de l’actuel prince Albert de Monaco(2).

Anne est l’ainé d’une lignée de sept garçons et placé sous la protection de son parrain, le connétable(3) de Montmorency. Il monte à Paris vers 1573 où il est inscrit au collège de Navarre. À 15 ans il commence une formation militaire sur le tas, sous la conduite de son père, dans un affrontement contre des protestants. La guerre, débutée en 1562, est qualifiée de "civile". Il s’agit d’abord d’un conflit entre les partis, qui prendra plus tard le nom de "guerres de Religion". En 1577, on le retrouve sur le champ de bataille où il combat à nouveau à Carcassonne sous les ordres de Monsieur, frère du Roi Henri III. Cette même année, Anne de Joyeuse est nommé gentilhomme ordinaire de la chambre, capitaine d’une compagnie de gendarmerie puis gouverneur du Mont-Saint-Michel en 1579. Deux ans plus tard, en 1581, portant le prestigieux titre de Chambellan(4), il est le premier Duc de Joyeuse et Premier Gentilhomme de la Chambre. 
Dès lors, Anne de Joyeuse entre à la Cour, dans le "cercle des mignons" d’Henri III où il occupe, avec Jean-Louis de La Valette, la première place de "favori" du Roi. 

Les mignons
La période qui s’étend du XVe au XVIIe siècle apparait comme l’espace le plus marquant de la prépondérance des "favoris". Ils sont apparus sous Henri II, ont connu un essor sous Charles IX, avant d’acquérir un rôle politique de premier plan sous Henri III. 

La définition de Pierre Larousse était très explicite : le célèbre encyclopédiste définit les mignons comme des jeunes hommes se livrant "complaisamment aux désirs infames de quelqu’un" et désigne les mignons d’Henri III comme des "misérables". 
Pendant longtemps le qualificatif de mignon est donc resté accroché à l’imagerie populaire sous l’aspect de jeunes gens mis à la disposition du Roi pour assouvir ses penchants sexuels. Entre 1866/1876, Larousse, qui venait de publier Le grand dictionnaire, s’était offert quelques libertés avec ce terme, qui à la lumière du XXe siècle a retrouvé auprès des historiens un sens plus honorable. Ainsi, Nicolas Le Roux, professeur d’histoire moderne à la Sorbonne, auteur de La faveur du Roi, décortiquant la personnalité d’Henri III écrit "La plupart des spécialistes qui se sont intéressés depuis à Henri III se sont employés à laver l’image de ce roi, des accusations pesantes sur sa sexualité, opération nécessaire à leurs yeux pour apprécier à sa juste valeur le prince raffiné ou les ambitions politiques et culturelles de l’homme d’État." Les mignons étaient avant tout des conseillers du Roi, hommes fidèles qui par leur élégance, leur intelligence, conduisaient des missions diplomatiques au sein de la Cour, tandis que dans les couloirs du Palais du Louvre, où elle demeurait, se jouaient les pires intrigues pour l’accès au pouvoir. 

Anne de Joyeuse, marié à Paris en 1581 à Marguerite de Lorraine-Vaudémont, était l’inflexible homme de confiance du souverain. Son union fut célébrée en grandes pompes, en présence du Roi de France, le souverain voulant ainsi récompenser la fidélité de son favori. Ces festivités se sont poursuivies durant plusieurs jours dans un tel luxe que divers historiens ont confondu des tableaux représentant le mariage du Roi avec celui évoquant le mariage d’Anne de Joyeuse…
L’archimignon du Roi n’en avait pas pour autant abandonné ses fonctions militaires. Le 20 octobre 1587, au cours de la bataille de Coutras (en Gironde, au nord de Bordeaux), il est tué d’un coup de pistolet. Anne de Joyeuse, alors chef des armées catholiques du Roi, faisait face à Henri de Navarre, le futur Henri IV sorti vainqueur de ce conflit. 

La postérité
L’ombre d’Anne de Joyeuse plane toujours au-dessus du petit bourg de l’Ardèche méridionale, s’insinuant à travers les ruelles de la vieille ville. C’est là, au cours des festivités de l’été 2026, pendant la période du 1er au 4 août, que l’association Culture et patrimoine en Pays Joyeusain organise son célèbre Festival de la Joye. 
Les ruelles typiques, ayant gardé leur cachet de la période médiévale se transforment en théâtre à ciel ouvert. Près d’une centaine de figurants déambulent en costumes d’époque offrant musiques et spectacles dans un esprit festif. 
Histoire, culture et joie de vivre se mêlent ainsi pour le bonheur de tous, petits et grands, sous le regard bienveillant d’Anne de Joyeuse.
 
(1) Au Moyen Âge les prénoms n’étaient pas genrés. À cette époque, porter celui d’une Sainte (Anne était la mère de la Vierge Marie) était considéré comme une protection divine.
(2) En mai 2026, le prince Albert de Monaco, descendant de la Maison de Savoie est venu en visite sur la terre de ses ancêtres à Bartarnay, devenu Bathernay (Drôme). 
(3) Connétable : commandant suprême des armées royales.
(4) Chambellan : gentilhomme au service personnel du Roi.

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En savoir plus

Durant tout l’été, des pérégrinations théâtrales sont organisées les mercredis et jeudis soir 
permettant de découvrir l’histoire de Joyeuse, by night. 
S’inscrire auprès de l’Office de tourisme Cévennes d’Ardèche de Joyeuse 04 75 37 24 48. 
Infos spectacle sur internet : Festivals en France : Festival de la joye.
 
Clichés : Droits Réservés, Henri Klinz