Les mignons
La période qui s’étend du XVe au XVIIe siècle apparait comme l’espace le plus marquant de la prépondérance des "favoris". Ils sont apparus sous Henri II, ont connu un essor sous Charles IX, avant d’acquérir un rôle politique de premier plan sous Henri III.
La définition de Pierre Larousse était très explicite : le célèbre encyclopédiste définit les mignons comme des jeunes hommes se livrant "complaisamment aux désirs infames de quelqu’un" et désigne les mignons d’Henri III comme des "misérables".
Pendant longtemps le qualificatif de mignon est donc resté accroché à l’imagerie populaire sous l’aspect de jeunes gens mis à la disposition du Roi pour assouvir ses penchants sexuels. Entre 1866/1876, Larousse, qui venait de publier Le grand dictionnaire, s’était offert quelques libertés avec ce terme, qui à la lumière du XXe siècle a retrouvé auprès des historiens un sens plus honorable. Ainsi, Nicolas Le Roux, professeur d’histoire moderne à la Sorbonne, auteur de La faveur du Roi, décortiquant la personnalité d’Henri III écrit "La plupart des spécialistes qui se sont intéressés depuis à Henri III se sont employés à laver l’image de ce roi, des accusations pesantes sur sa sexualité, opération nécessaire à leurs yeux pour apprécier à sa juste valeur le prince raffiné ou les ambitions politiques et culturelles de l’homme d’État." Les mignons étaient avant tout des conseillers du Roi, hommes fidèles qui par leur élégance, leur intelligence, conduisaient des missions diplomatiques au sein de la Cour, tandis que dans les couloirs du Palais du Louvre, où elle demeurait, se jouaient les pires intrigues pour l’accès au pouvoir.
Anne de Joyeuse, marié à Paris en 1581 à Marguerite de Lorraine-Vaudémont, était l’inflexible homme de confiance du souverain. Son union fut célébrée en grandes pompes, en présence du Roi de France, le souverain voulant ainsi récompenser la fidélité de son favori. Ces festivités se sont poursuivies durant plusieurs jours dans un tel luxe que divers historiens ont confondu des tableaux représentant le mariage du Roi avec celui évoquant le mariage d’Anne de Joyeuse…
L’archimignon du Roi n’en avait pas pour autant abandonné ses fonctions militaires. Le 20 octobre 1587, au cours de la bataille de Coutras (en Gironde, au nord de Bordeaux), il est tué d’un coup de pistolet. Anne de Joyeuse, alors chef des armées catholiques du Roi, faisait face à Henri de Navarre, le futur Henri IV sorti vainqueur de ce conflit.
La postérité
L’ombre d’Anne de Joyeuse plane toujours au-dessus du petit bourg de l’Ardèche méridionale, s’insinuant à travers les ruelles de la vieille ville. C’est là, au cours des festivités de l’été 2026, pendant la période du 1er au 4 août, que l’association Culture et patrimoine en Pays Joyeusain organise son célèbre Festival de la Joye.
Les ruelles typiques, ayant gardé leur cachet de la période médiévale se transforment en théâtre à ciel ouvert. Près d’une centaine de figurants déambulent en costumes d’époque offrant musiques et spectacles dans un esprit festif.
Histoire, culture et joie de vivre se mêlent ainsi pour le bonheur de tous, petits et grands, sous le regard bienveillant d’Anne de Joyeuse.