Pour l’harmonie entre l’homme et la nature
De l’Ardèche à l’Afrique, les valeurs de l’association Terre et Humanisme sont portées par des femmes et des hommes passionnés, mettant en pratique leur discours, le rendant ainsi crédible, sur les traces de Pierre Rabhi.
Terre et Humanisme n’est vraiment pas une association comme les autres.
Elle est née des constats de Pierre Rabhi sur son parcours de vie, de plusieurs décennies d’insurrection contre un système agricole courant à sa perte et à celle de son environnement.
De cette insurrection est née le concept d’agroécologie qui peut se définir ainsi : une relation harmonieuse entre l’humain et la nature ; tout à la fois une éthique de vie et une pratique agricole, considérant le respect de la terre nourricière et la souveraineté alimentaire des populations sur leurs territoires comme les bases essentielles à toute société équilibrée et durable. L’agroécologie est en rapport direct avec l’agriculture et l’alimentation bien sûr, mais aussi l’éducation, la santé, l’économie, l’aménagement du territoire. Ce principe est bien sûr adaptable sur n’importe quel territoire.
Les activités de l’association forment un étonnant patchwork, mais toutes vont dans le même sens : une relation harmonieuse entre l’humain et la nature. Et au-delà des mots, l’association prouve par ses actions quotidiennes que l’heure n’est pas qu’au discours. L’ayant pris pour camp de base le Mas de Beaulieu, sur la commune de Lablachère, Terre et Humanisme s’emploie localement à montrer l’exemple. « Nous sommes là pour véhiculer des valeurs et pour cela il faut les vivre, souligne Pierre-François, directeur de l’association. »
Alors au sein des jardins du Mas de Beaulieu, se déclinent des rencontres, des formations, de la transmission et du partage dans une démarche d’harmonie entre toutes les composantes du vivant, humain compris. Cela se concrétise par le jardinage, l’éco construction et l’assainissement écologique…
Transmission et formation
En parallèle des jardins exemplaires du Mas de Beaulieu (dont nous parlerons dans un prochain numéro), l’association développe de nouveaux stages sur des thèmes variés : l’agroécologie, la permaculture, cuisine et bien-être, l’apiculture, la santé des plantes, la biodynamie, les semences et le compostage.
Ces stages sont un élément essentiel de la transmission.
Aujourd’hui,
plus de particuliers que de professionnels y semblent sensibles, mais la volonté de Terre et Humanisme est d’attirer ces derniers.
Pour ce faire, l’association a assuré une semaine de formation sur l’agroécologie dans un centre d’apprentis. Et le but avoué est d’aller plus loin pour intégrer une formation diplômante s’installant sur la durée.
« Nous proposons aussi une formation longue sur une année en agroécologie pour quelqu’un ayant un projet de transmission, poursuit Pierre-François. Si ce n’est pas une formation diplômante, elle permet néanmoins de faire reconnaître les compétences des stagiaires par l’association. Ils peuvent ainsi représenter l’association et démultiplier le message et les actions sur une vaste zone géographique. »
Seulement douze stagiaires sont accueillis dans l’année et il est rassurant de constater qu’il y a plus de demandes que de places offertes. Comme l’association est reconnue en qualité d’organisme professionnel de formation continue, les candidats à la formation peuvent se faire financer leur stage.
« Cette formation se décline aussi au Maroc, précise Érik, le coordinateur des jardins, suite à une demande de leur part. Il est plus judicieux de former des gens localement que d’envoyer des animateurs de France. Non seulement c’est polluant, mais ça coûte cher. »
En Afrique
À l’occasion de ses nombreuses actions en Afrique, Terre et Humanisme ne pratique pas l’interventionnisme.
Si une demande s’exprime, alors une réponse est proposée et cette dernière est toujours élaborée en commun avec les demandeurs.
« En Afrique, les gens sont très à l’écoute, poursuit Pierre-François. Les pratiques de cultures traditionnelles ne sont pas oubliées et leur dire qu’elles étaient bonnes est valorisant, alors ils n’hésitent pas à y revenir. »
Six pays sont concernés par l’action de Terre et Humanisme : Mali, Maroc, Burkina Faso, Niger, Sénégal et Cameroun.
Les interventions ont pour thème la mise en place de l’agroécologie adaptée bien sûr aux particularismes locaux, la lutte contre l’érosion maintenant ainsi la population en place et surtout des gens par rapport à leur alimentation. « Finalement sur place, nous ne faisons pas grand chose, souligne Érik. Nous initions et aidons surtout à la mise en place des actions et nous formons les gens pour les laisser faire ensuite, tout en répondant présent si un problème survient.»
Juste un exemple concret et très intéressant: au Mali, en partenariat avec l’association Kokopelli, a été mise en place une unité pour produire des semences à grande échelle à destination des populations locales, des graines parfaitement adaptées à leurs besoins. Et elles sont toutes reconnues par les services compétents de ce pays. Voilà une belle réussite.
Ressources en baisse
Les actions à l’international représentent plus de la moitié du budget de l’association. Et, comme toujours, le nerf de la guerre restant l’argent, dans ce domaine Terre et Humanisme vit quelques instants difficiles avec la réduction significative des taux d’intérêts des livrets. En effet, la première ressource de l’association sont les intérêts du livret « AGIR » du Crédit Coopératif. Ensuite, comme pourvoyeurs de fonds, on compte les stages de formation, les adhésions et les abonnements à la revue.
Désormais la recherche de financement sur des projets précis est devenue incontournable auprès des fondations, des entreprises et des institutions comme le Conseil général de l’Ardèche qui a déjà mis la main au porte-monnaie. « Paradoxalement, il est plus aisé de trouver des financements pour l’international que pour le local, s’étonne Pierre-François. Mais nous avons averti nos partenaires étrangers de la nécessité d’assurer leur autofinancement pour continuer à avancer. C’est une étape difficile que nous devons franchir. »
Suscitant plus de curiosité que de méfiance, ce qui n’a pas toujours été le cas, l’association reste optimiste pour son avenir. Ses responsables aspirent dans la durée à une plus grande implantation locale. Et la meilleure preuve qu’ils sont sur le bon chemin est que le voisin du Mas de Beaulieu, un viticulteur traitant copieusement ses vignes, s’est mis au paillage de son jardin, suivant ainsi l’exemple des pratiques des jardiniers de Terre et Humanisme… Il suffit juste d’un peu de temps…
Un homme visionnaire
Cinquante avant tout le monde, Pierre Rabhi avait décelé l’impasse dans laquelle l’homme et la nature ne tarderont pas à se trouver si rien ne change. Agriculteur, écrivain et penseur français d’origine algérienne, Pierre Rabhi est un des pionniers de l’agriculture biologique. Il défend un mode de société plus respectueux des hommes et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles accessibles à tous et notamment aux plus démunis, tout en préservant les patrimoines nourriciers : l’agroécologie. Depuis 1981, il transmet son savoir-faire dans les pays arides d’Afrique, en France et en Europe, cherchant à redonner leur autonomie alimentaire aux populations. Il est aujourd’hui reconnu expert international pour la sécurité alimentaire et a participé à l’élaboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification. Il est l’initiateur du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Paroles de Terre, du Sahara aux Cévennes, Conscience et Environnement ou Graines de Possibles, co-signé avec Nicolas Hulot.
Pour tout connaître de cet homme visionnaire, rendez-vous sur son blog :
www.pierrerabhi.org/blog/index.php
Quelques chiffres
L’association compte 10 salariés sur le site de Lablachère. Elle rassemble 1 800 adhérents dont 200 bénévoles viennent chaque année participer aux différents travaux pendant une semaine ou plus.
Quant aux bénévoles locaux, ils interviennent plus régulièrement à la journée
Certains adhérents sont également des correspondants locaux dont le premier objectif est de créer du lien, en étant présent à des salons, en intervenant dans les écoles…
Les formations proposées par l’association attirent annuellement 250 stagiaires. Plus de 1 000 visiteurs répondent à l’appel des visites hebdomadaires des jardins. Et enfin plus de 1 300 connexions par jour animent le site internet.
Adresse utile
Association Terre et Humanisme, mas de Beaulieu, BP 19, 07230 Lablachère
(/ www.terre-humanisme.org / permanences téléphoniques au 04 75 36 64 01 les lundis, mardis, jeudis et vendredis de 9 h30 à 12 h et de 14 h à 16 h )
Texte : Bruno Auboiron - Clichés : Terre et Humanisme / Patrick Lazic
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