La Paille de Lavande à l’Honneur
Une isolation naturelle et originale
Depuis quelques années, la paille de lavande est un isolant dont la Drôme provençale bénéficie des bienfaits. Jusqu’à présent elle était utilisée sous forme de mortier, mélangée avec de la chaux aérienne et du sable. Aujourd’hui, elle reste naturelle, en vrac, enfermée dans une structure bois. Une innovation qui en facilite grandement l’utilisation et qui est idéale pour les adeptes de l’auto construction.
Chez nos voisins de la Drôme provençale, après la distillation de la lavande, d’imposants tas de paille s’entassent. Parfois ils sont brûlés, sinon ils se décomposent lentement. À la vue de cette matière première se gaspillant, Fabrice del Rosso eut l’idée de la transformer en un matériau d’isolation aux qualités affirmées. « On fabrique bien de l’isolant avec du lin ou du chanvre, alors pourquoi pas de la paille de lavande, plaide-t-il. Elle contient soixante-dix pour cent de silice, ce qui la rend parfaite pour cet usage, comme le serait le genêt ou la prêle. De plus après sa distillation, il reste toujours un peu d’huile essentielle qui repousse les insectes et autres rongeurs. Je n’utilise qu’une centaine de tonnes de paille par an alors qu’il s’en produit localement plus de cent dix mille. C’est vraiment un matériau d’avenir et ma volonté est de développer son usage au niveau local pour limiter les transports. »
La première étape de la transformation de la paille de lavande est le broyage. La meilleure période pour réaliser cette opération se situe juste après la distillation et surtout quand il ne pleut pas.
À l’aide d’une simple ensileuse, la paille est broyée en paillette de un à trois centimètres de longueur. Ensuite il convient de la stocker au sec dans un endroit parfaitement ventilé. « Je peux soit la livrer en vrac, ce qui est plus facile pour moi, soit la mettre en sac de cent litres, poursuit Fabrice del Rosso. Dans le premier cas, sur le chantier, il faut prendre soin de l’entreposer à l’abri jusqu’au moment de la pose afin qu’elle ne soit pas humide.»
Idéal pour l’auto construction
La paille de lavande peut s’utiliser de deux façons, soit en mélange en mortier avec de la chaux aérienne, soit naturelle, en filière sèche en coffrage perdu. C’est-à-dire que la paille de lavande est versée en vrac et légèrement tassée dans une structure avec des montants en « I » fermée en paroi extérieur par des panneaux d’agépan et en intérieur de fermacell. L’employer ainsi, en filière sèche avec coffrage perdu, évite le retrait du bois de la structure du à l’humidité d’un torchis réalisé avec du sable, de la chaux aérienne et de la paille de lavande, créant ainsi des ponts thermiques.
C’est ainsi que Christon Tap, heureux propriétaire de gîtes à Condorcet, près de Nyons, l’a préféré. « La paille de lavande, sèche, c’est vraiment très bien, c’est facile à mettre en œuvre, c’est propre et c’est assez vite fait. En plus c’est économique. Et pour puis l’image de mes gîtes et le bien de la planète, je voulais utiliser des matériaux locaux à l’image de la paille de lavande ou du bardage en douglas d’Ardèche ; des matériaux exigeant peu de transport. Enfin, pour l’auto construction c’est un matériau idéal. »
Avec trente centimètres d’épaisseur dans les murs et quarante en toiture, cet isolant semble parfaitement remplir son rôle. Pour qu’un isolant isole, il faut qu’il respire et ici c’est le cas. Mais il faut toutefois prendre quelques précautions. Les caissons verticaux du toit doivent être reliés à ceux des murs pour, en cas d’éventuel tassement de la paille, qu’il soit aisé de recharger par le faîtage. Mais pour l’instant force est de constater que le tassement est nul si la densité de paille de lavande est correcte au moment de la pause, c’est-à-dire cent kilos au mètre cube.
Confort et esthétique
L’agrandissement du cabanon fut donc réalisé ainsi. Une chambre confortable profite largement du soleil matinal et s’ouvre sur la terrasse, comme le salon, clair et lumineux. Elle communique avec la salle de bains car tirant profit du moindre espace, cette dernière a trouvé sa place derrière la chambre, légèrement surélevée. Quant au salon, il est le point de liaison entre toutes les pièces. Juste un modeste poêle à bois, installé dans un coin, assure le chauffage de l’ensemble. On gravit les degrés d’un petit escalier en pierres pour quitter l’agrandissement et pénétrer dans la cuisine, qui occupe la totalité de l’espace du cabanon originel.
En passant de la cuisine au salon, on sent tout de suite la différence de température. Si elle reste relativement constante dans l’agrandissement isolé avec de la paille de lavande, entre les pierres, la fraîcheur s’installe rapidement en hiver et inversement la chaleur en été. En supprimant le plancher sur la hauteur du cabanon, l’espace pour accueillir la cuisine est devenu très intéressant. Pour l’isoler au mieux, un crépi avec de la chaux et de la paille de lavande aurait permis de réduire à moitié les besoins en chauffage. Mais la volonté des propriétaires était de conserver les pierres apparentes pour l’esthétique. Et le résultat est à la hauteur des attentes des heureux propriétaires. Quant au confort de vie, si elle ne se voit plus, la paille de lavande en est grandement responsable. Une véritable réussite ! Voilà donc un matériau qui semble idéal, économique et naturel. Il ne reste plus qu’à le faire savoir… car en Ardèche aussi nous possédons de la lavande.
Lavande ou lavandin
La lavande se décline en trois variétés : la lavande fine poussant entre six cents et mille six cent mètres d’altitude, la lavande aspic au-dessous de six cents mètres sur les versants sud et le lavandin, hybride des deux premières aux fleurs plus développées mais à l’essence de moins bonnes qualités olfactives. Ce dernier est le plus cultivé aujourd’hui et quand on évoque la paille de lavande, il serait plus juste de parler de paille de lavandin. Importée en Provence depuis l’ouest du bassin méditerranéen, la lavande est grandement utilisée depuis l’époque romaine pour son parfum. En revanche, la mise en culture du lavandin ne date que du milieu du XXème siècle.
Petit lexique des matériaux écologiques
Agépan : les panneaux en fibres de bois Agepan sont fabriqués exclusivement avec du bois de conifères européens, moins de trois pour cent de liant et de la paraffine. Ces panneaux ne contiennent pas de formaldéhyde et sont aussi sains que le bois naturel. C’est un excellent matériau pour la réalisation de parements extérieurs et en sous toiture.
Fermacell : les panneaux de fermacell sont composés d’un mélange de plâtre, issu de gypse naturel, et de fibres de cellulose. Ce matériau ne contient ni amiante, ni toile de verre, et ses composants sont exclusivement d’origine naturelle. Ce matériau est idéal pour la réalisation de parements intérieurs.
Chaux aérienne : la chaux vive est le nom donné à une matière obtenue par combustion de calcaire très pur. Pour obtenir ensuite de la chaux aérienne, ou chaux éteinte, il suffit de provoquer une réaction avec de l’eau. Elle sert depuis l’Antiquité à réaliser des mortiers pour la construction, des enduits et des badigeons sur les murs.
Pouzzolane : roche volcanique, provenant principalement d’Auvergne, la pouzzolane est à la base de la fabrication de certains ciments.
Le prix: Pour isoler une maison de 100 m², il faut compter environ 100 m3 de paille de lavande soit 4 000€uros d’isolant livré en vrac ou 6 000 €uros livré en sac. En effet, la paille de lavande en vrac coûte 40€uros le m3 et en sac de 100 litres 60€uros le m3. Pour cet exemple, l’isolation a nécessité l’usage de 20 m3 de paille de lavande, soit 800€uros au total.
Adresse utile:
SC Créaservice, Fabrice del Rosso, domaine de Rocheville, 26110 Nyons (06 07 67 74 06 /
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/ www.thermolavande.fr), La Roseraie (chambres d’hôtes), Christon Tap et Nannette Brower, route de Saint-Pons, 26110 Condorcet ( 04 75 27 68 85 /
www.roseraie-drome.com)
Texte et clichés : Bruno Auboiron
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