Le Roman d’Edouard - Episode 2 |
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| 02-02-2010 | |
CHAPITRE IIAilleurs à Paris, seize heures “ - Mesdames, Messieurs merci d’être là, la France a voté, le Non l’a emporté. Il va nous falloir mettre en place le scénario prévu pour la sauvegarde nationale. Loin de nous d’analyser les raisons politiques de ce choix, beaucoup de tendances vont s’approprier ce vote. Notre devoir depuis très longtemps est la stabilité de la planète et surtout de la France. Grâce à votre travail, je suis sûr que les groupes constitués ont réfléchi aux solutions envisageables. Qui veut la parole ? “ Dans la salle, la voix de l’orateur résonnait comme dans une église vide. Les sièges pourtant tous occupés semblaient faire un tout avec la pièce. Une main se lève, un homme élégant, à la démarche souple se dirige vers le pupitre. “ - Il est parfois bon de s’arrêter en chemin pour regarder dans le rétroviseur, je crois que le pays a compris. Ce n’est pas par conviction qu’il s’est exprimé mais, par raison. Le système est dépassé, le pays est ruiné ! “ Un brouhaha monte de l’assemblée, la dureté du discours est incompréhensible de la part d’un modéré comme lui. “ - Beaucoup de gens le savent, mais veulent l’ignorer ; notre République a vécu, comme l’Union Soviétique a vécu et une trop longue période d’attentisme a ruiné le système. Trop peu de personnes sont productrices et beaucoup trop sont protégées par leurs fonctions. Contrairement à ce qu’on raconte, ce n’est pas les chômeurs qui en sont la cause. Peu d’usines cherchent de la main d’œuvre, mais beaucoup de gens réclament du travail ! Et les dures lois ou programmes qui vont être envisagés ne laissent rien prévoir de bon. Voilà mon analyse, je vous rends la parole, pour l’instant. “ Son retour dans l’assemblée est ponctué d’un silence impressionnant. Le bruit d’une chaise ramène les auditeurs sur terre, une vieille femme s’approche de la tribune. On lui règle le micro. “ - Bonjour, je reconnais parmi vous bon nombre de fils ou filles de mes connaissances, cela ne me rajeunit pas, mais aussi m’oblige à vous dire la vérité. Les paroles que je viens d’entendre, loin de me choquer, me semblent toutefois un peu alarmistes. On a arrêté le train, mais les rails restent en place, un aiguillage à manipuler et on peut continuer. Si toutefois le respect du choix du peuple est pris en compte. Car il est vrai que prendre le vote d’aujourd’hui pour des balivernes, risque de conduire le pays au chaos. Je sais plus que quiconque qu’un conflit serait terrible, mais en écarter l’hypothèse serait irresponsable pour nous. “ Dans un silence quasi religieux, la dame regagne son banc, puis vient à la tribune un jeune homme. “ - Pourquoi avez-vous conseillé le non, voilà, maintenant tout est foutu ! mes amis Hollandais, Anglais, Italiens, enfin… européens ne vont vraiment pas comprendre la France et comment expliquer ce choix. Je crois que cet arrêt aura des conséquences négatives et pour longtemps ! “ Un doigt se lève, on lui tend un micro. “ - Nos amis européens savent que le vote d’aujourd’hui ne constituait pas un mur, mais un obstacle important. Et pour le franchir il ne faut pas être un cheval malade, voire un âne. Eux-mêmes ne sont pas en forme olympique, d’où le premier non qui ne vous inquiétait pas et qui sera suivi par beaucoup d’autres ! “ Des personnages avec des idées moins noires, mettant le résultat du vote sur le compte de la grogne passagère du peuple, se succèdent à la tribune. Des hommes allaient et venaient portant des messages aux différents membres de l‘assemblée dans laquelle je distinguais des connaissances. Mon père souffrant m’a demandé de le représenter. Voilà pourquoi moi, Benjamin De Fotille, j’étais là ce jour-là ! CHAPITRE IIIPas loin de là, dix sept heures Dans l’arrière salle du café “Chez Georges” les compagnons réunis pour une session extraordinaire, buvaient leur troisième pot de rosé en écoutant Luc. - Voilà les dernières informations, le non serait en tête ! Il va falloir envisager la suite ! Sûr que le gouvernement va “sauter”, mais pour eux, un changement radical n’est pas envisageable…Donc on peut s’attendre à des demi-mesures et nous pourrons continuer l’action avec un léger baume au cœur pour cette victoire. Antoine, tu as la parole. - Oui, petite victoire, mais qui peut déboucher sur quelque chose d’intéressant ! Le flou politique va s’agrandir, le peuple va réaliser qu’il possède encore un peu de pouvoir. D’ailleurs il est bizarre de constater qu’ils nous ont laissé choisir. Une action trop précoce serait vite matée par un quelconque ministre de l’intérieur ! Et de nouveau, le gouvernement apparaîtrait en vainqueur, sauvant ainsi la République ! Donc méfiance, laissons les officiels débattre du choix du peuple. Faisons un bilan précis des forces politiques encore en place et je pense, donnons la consigne de continuer à faire le mort. Paul, si tu veux parler: - Nous allons faire une grosse bêtise, les bases de la nouvelle révolution sont déjà en place : manque de travail, misère sociale, dirigeants égarés dans leur système capitaliste, pays ruiné ! Et surtout, surtout… Des nations voisines dans la même situation. Je pense qu’il faut sortir les armes, pourquoi attendre ? Nous avons déjà trop attendu ! Maintenant il est prouvé que cette politique n’intéresse pas les masses populaires. Tout ce pourquoi nos pères ont lutté, dont certains en sont morts, est bafoué en deux amendements et trois décrets. Jusqu’où devrons-nous attendre pour enfin relever la tête. Que va faire ce gouvernement ? Partir, puisque désavoué ! Seule sortie digne pour des gens se disant représentant de la nation? Sûrement pas ! Il va continuer à nous faire crever à petit feu, en inventant des mesures qui nous boufferont. A force de diluer notre liberté, on en a perdu le goût. Passer à l’action, voilà ce que je demande ! Il leva son verre et sous les applaudissements, reprit sa place autour de la table de ce petit café. C’est Bertrand qui m’avait fait connaître ceux qu’au début, je prenais pour des rêveurs, des gens sortis du passé. Séduit par leur vision du monde, emporté par des relents d’une douce révolution, ce n’est que bien plus tard, que j’ai pris conscience de leurs pouvoirs souterrains. Ma passion pour l’informatique a servi de prétexte, pour m’intégrer à leur groupe. Ainsi moi Raymond Defret, je serai en première ligne pour la nouvelle fracture sociale. CHAPITRE IV
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