Littérature


LA REVOLUTION DES LILAS BLANCS V - VI

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   01-03-2010

CHAPITRE V

 

La cellule 19 h 30mn

Le président reprend la parole, tout le monde a regagné sa place.

 « - Après avoir fait le tour des suppositions, je pense qu’Il est déjà au courant de nos travaux. L’heure est à la décision, dans quel contexte pouvons –nous agir ? Dans quel but ? Pour quelle suite ? Le changement de gouvernement ne sera pas une surprise. Le nouveau premier ministre ? Devons-nous proposer celui vers qui vont toutes nos pensées ?  Cela est tentant. Mais pouvons-nous l’imposer sans risque ? Non !

Il me semble évident qu’Il va lui proposer, en sachant qu’il refusera. Pour lui Bercy, est un poste à haut risque, bien que, l’Europe va être au ralenti, cela permettra au dollar une légère reprise ce qui confortera la croissance. Mais la grogne de la rentrée peut déraper ! Et un conflit peut lui être profitable, s’il est à un poste plus adéquate… L’intérieur ! Si nous décidons, un léger vent d’insécurité lui permettrait de se montrer à la hauteur. Mais… car en politique il y a toujours un mais, si le feu devient trop violent, nous serons obligés de replonger pour cinq ans et IL le sait ! ! ! Bien,  il me semble évident maintenant de voter pour un chef de gouvernement. Notre vote n’ayant qu’une mission consultative, un simple nom sur les papiers devant vos pupitres permettra peut-être de dégager un prétendant ! Si une personne veut la parole c’est avec joie que nous l’écouterons. »

Dans la salle, personne ne désire s’exprimer. Chacun est déjà occupé à noter un éventuel candidat.  Puis ils vont déposer leur bulletin dans l’urne. Un homme en profite pour saisir un téléphone… 

 

CHAPITRE VI

 

20h  l’Élysée

« -Allo, oui, alors ? Pas de nom s'il vous plait, très bien, un vote… très bien surveillez. Mais nous avons le temps. »

Il raccroche.

« -Jean-Marc, la salle d’enregistrement est prête, avez-vous choisi un ou deux discours qui puissent convenir ? Restons sobre, les chaînes de télé n’annonceront pas les résultats avant vingt deux heures, le gouvernement restera en place encore un ou deux jours. Pas de polémique sur les plateaux, à l’antenne, ne pas paraître distancés par le résultat, mais dire que nous respectons et que « Je vous ai compris »… Mais pas dans ses termes, bien sûr, laissons ça à l'histoire.

- Monsieur Paul, j’ai sélectionné selon votre volonté quelques passages, je vous laisse l’honneur de choisir. Si je puis me permettre, vous devriez rappeler le Premier ministre pour nommer les représentants dans les différentes émissions.

- Je vous en laisse la charge, attention pas tout le gouvernement, deux ou trois ministres suffiront. »

Le chef du gouvernement d’abord interloqué de recevoir les consignes par M. Batela, il ne trouve que des : «  Oui Monsieur », à répondre !

 « - Le ministre des armées ! » Annonce l’huissier

 « - Jean-Marc tu t’en occupes ! Tranche le président

- Bonjour, je me présente, M. Batela, pour vous servir ! Le président est un peu bousculé par les horaires, mais il vous fait dire que le suffrage universel a parlé, la victoire du non est incontestable. Il aimerait que les gendarmeries et autres corps d’armée restent en éveil, sans toutefois faire de zèle. Je vous prie de bien vouloir m’excuser, j’ai peu de temps à vous accorder, et je suis sûr que vous comprenez. »

Demi-tour, rompez ! … (ça, c’est dans ma tête.)

L’enregistrement nécessite trois prises, le discours est dans la boite. L’orateur réclame une bière bien fraîche, s’assoie à son bureau, et prie tout le monde de sortir.

« -On vous appellera si nécessaire ! Jean Marc, avait-vous pris connaissance des messages ?

- Non, la liste est sur le bureau, elle est longue !

- Longue et inutile, du miel et des regrets, pas de solution miracle, pas de projet de société ! Un grand projet européen, voilà un beau programme. Nos difficultés noyées dans une nébuleuse auraient permis d’être plus crédibles pour le reste du monde. Là, "Bruxelles" va être obligé de reconnaître ses erreurs de gestion et du coup, les plus septiques vont en profiter pour nous démolir. Il a fallu mille cinq cents ans pour faire la France et on prétend qu’il nous faudrait oublier le passé. Mais la mémoire collective est bien vivante et vivace ! Dans certains coins du pays, un dolmen est plus important que le Centre Pompidou.

- Les gens sont attachés à leurs traditions, c’est normal. Déjà l’abandon du franc que l’on pensait difficile, a été bien perçu. C‘est beaucoup pour l’Europe, mais cela a entraîné une augmentation considérable de la vie courante ! Quoi qu’en disent les experts ! Les prix des achats quotidiens ont fait un bond impensable avec l’ancienne monnaie, imagez une augmentation de deux francs de l‘essence dans les années quatre vingt ! Le pays aurait été à feu et à sang maintenant tous les jours trente centimes d'euro de plus à la pompe, personne ne réagit, mais jusqu'à quand ? Beaucoup trop de nouvelles taxes viennent se greffer sur la fiche de paye. Et si seulement tous les efforts consentis servaient à redresser le pays, chacun comprendrait, mais non toujours plus ponction sur le peuple et pas de résultat ! Mon pays a plus de mille milliards d’euros de déficit ! Le tableau n’est vraiment pas fameux.

- Voilà pourquoi j’avais besoin d’un conseiller comme toi aujourd’hui. Vu comme ça, c’est sûr. Mais les engagements sont difficiles à expliquer. Nos aboutissements sont beaucoup plus planétaires, le système français dans sa complexité doit répondre à des exigences spécifiques, tout en restant ancré dans l’universalisation de la vie. J’ai très peu de pouvoir sur le prix du pétrole, seule notre diplomatie peut avoir un certain poids sur les pays producteurs. Mais la demande mondiale est telle que la France est une infime partie de la consommation. Notre système social, pourtant nécessaire est lui aussi dépassé, refondre tout cela est très dur à expliquer.

- Un retour en arrière est impossible, et une nouvelle gestion est obligatoire. La mise au point des radars automatiques a très bien marché, mais déclarer ses impôts sur Internet a été calamiteux pour un pays soi-disant à la pointe du progrès. Vous ne pouvez quand même pas prendre indéfiniment l’argent aux gens qui travaillent, pour financer le manque de labeur dans le pays!  Ce cercle vicieux ne mène à rien. Dans ce contexte seules une gestion rigoureuse et une économie de frais de fonctionnement peuvent inverser la tendance. Tous les chefs d’entreprises savent ça ! Pourquoi continuer à prendre le peuple pour des ignorants, un jour le trou de la Sécu, un jour la chaleur, pardon la canicule, un autre jour les morts sur la route, les méfaits du tabac, de l’alcool, demain les coliques des députés… Si chaque événement est sanctionné par une perte de liberté, ne soyez pas étonné d'être mal aimé et incompris. Les moindres soucis dans la société se traduisent par une nouvelle loi répressive. Enfin tout ceci est des mots et je crois que tout le monde attend des actions. »

Après avoir allumé le poste de télévision, assis dans le canapé, il demande au standard d’appeler les différents chefs de gouvernement européens. Le ton change selon le pays, tantôt désolé semblant être près de la démission, tantôt ravi de la nouvelle tournure des événements.

 
A suivre

 Edouard Pailhès

 

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