Le moule à caillettes
Chaque été, dans le laboratoire du Michel... avant c’était son atelier de charcuterie, maintenant: c’est un laboratoire! Eh oui, c’est beau le progrès...
Donc dans le laboratoire, des personnes bienveillantes sont prêtes à donner un coup de main. Le sentiment est certes très aimable, mais le Michel a quelque fois l’impression d’être un échappatoire à certaines personnes en manque de responsabilité, et puis avoir un novice dans les jambes quand le travail est là, n’aide en rien l’ouvrage.
Voilà la phrase miracle de ces personnes là:
- « Dites chef, que puis-je faire pour vous aider?» … RIEN... me
ficher la paix, vas à la piscine, à la rivière, vas te promener, ou
rejoins vite ton petit mari, vas jouer avec tes enfants, fais ce que tu
veux, mais laisse moi travailler...’’
- «Ma Véronique, répond Michel en plongeant sa main dans la farine,
pour lui caresser un peu les fesses en lui faisant la bise, tu es ma
providence, figure-toi que la semaine dernière j’ai prêté mon moule à
caillettes au Roger de ‘’l’hôtel des voyageurs’’
si avec ton vélo, tu pouvais aller me le chercher, tu serais un amour»
-«Bien sûr Michel, pas de problème, à tout à l’heure»
A l’hôtel, le Roger sous la tonnelle comme tout les matins, prend son
petit déjeuner, pâté de sanglier, saucisson, fromage de chèvre avec,
pour ne pas s’étouffer, un carafon de rosé. L’arrivée de Véronique, ne
vient en rien troubler son repas, mais après être passée par la
réception, c’est vers lui qu’elle se dirige.
- «Mr Roger? C’est Michel qui m’envoie, il aimerait que vous lui rendiez son moule à caillettes!
- Martine s’il te plait, amène un verre pour la demoiselle, vous boirez bien un petit rosé bien frais?
- Non merci, pas le matin
- Vous savez, refuser de trinquer avec quelqu’un par ici, est un
affront, il faut toujours boire si on vous le propose, même un petit
peu, pour marquer le coup» répond amusé le Roger.
- Très bien, très peu alors
- Ainsi, vous aidez le Michel, il en a de la chance d’avoir des
apprenties aussi jolies que vous, mais pour son moule à caillettes,
figurez-vous qu’il fuyait un tout petit peu, j’ai demandé au ‘’Garage
des tilleuls’’ de lui faire une soudure. C’est la première rue à droite
tout en haut du village, il doit être encore là-bas. Demandez Mr Denis,
il est au courant. Allez à votre santé!
Le village est vraiment pentu, car c’est en sueur que Véronique arrive
sur la place, et pourtant le petit rosé lui a donné bien du courage,
sous le gros tilleul elle repère vite le garage.
Dans l’atelier, quel fouillis, une chatte n’y trouverait pas ces
petits, il faut vraiment faire le parcours du combattant pour avancer.
Denis devant son établi s’essuie rapidement à un chiffon plus noir que
ses mains.
- Que puis-je pour vous ma petite dame? lui demande t-il en lui serrant la main.
- C’est M Roger qui m’envoie, il vous a donné le moule à caillettes
de Michel qui aimerait bien le récupérer! dit Véro un peu essoufflée.
- Hola, mais vous êtes en nage, j’ai au frais de la bière artisanale ‘’ La joyeuse’’, nous allons en partager une !
- Oui, mais alors très peu «
La bière au miel lui fit un bien fou, mais la chaleur sous les tuiles devenait insupportable.
- Pour ce qui est du moule, je l’ai bien soudé, impeccable, mais un
petit fermoir s’est décroché, et j’ai du l’amené chez Mr Maurice
l’horloger, juste en face. Il doit être là-bas! Laissez votre vélo ici,
je le surveille
La chaleur, le rosé et la bière faisaient un peu danser le décor. La
climatisation de l’horlogerie récompensa les efforts de Véronique.
Après les explications, et un petit verre de blanc...Maurice avoua
avoir rendu l’objet la veille à Renée la femme de Michel.
C’est avec quelques doutes que Véronique regagna le laboratoire, il
était presque midi, Michel hilare lui servit un petit pastis, la
remercia de sa coopération, jura qu’il n’était pour rien dans cette
promenade un peu enivrante.
Soudain, une jeune femme entra en s’excusant:
- Pardon messieurs - dames, c’est Roger des’’ voyageurs’’ qui m’envoie, il voudrait récupérer son moule à brioche !
- Mais oui, bien sûr, entrez donc mademoiselle, vous prendrez bien
un petit apéritif ! « dit Michel, le plus naturellement du monde avec
un regard en coin pour Véro.
Voilà à quoi jouent les commerçants dans mon village l’été, un jeu de
piste où le trésor n’existe pas...sauf, si l’on considère que les
rencontres sont des trésors inestimables.
Édouard Pailhès
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