Littérature


Le mot d’Edouard - mai

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   28-04-2008
Mai, mai, mai, Paris mai...Mais, mais, mais... Paris. (C. Nougaro)

Merci, mille fois merci, pour la publication de la photo de ma grand-mère, tirant la langue à la police, un pavé dans la main et, prés du poteau derrière, mon grand-père en chandail blanc qui a toujours un temps de retard. Mamie !! Ma Mamie… Elle qui, hier encore, me faisait la morale suite à ma façon de conduire mon scooter sans casque !  C’est sous un regard neuf que j’ai écouté les commentaires de Papy :  


Le mot d’Edouard " Eh oui Petit, nous avons été jeunes nous aussi et nous avons foutu un sacré coup de pied dans le ronron politique de l’après guerre. Même si aujourd’hui, tout le monde semble minimiser notre "révolution" de 1968 ! Un vent de liberté soufflait du nord au sud, c’était une bise amoureuse, légère et douce. Bien sûr, il y eut les barricades, les pavés, les gaz lacrymogènes et les coups de matraque. Oh non, pas par ici ! A Paris !

Mais dans les tous cœurs, un immense espoir de jours meilleurs a rassemblé le peuple d’une façon si forte, si homogène, que le seul fait d’y croire rendait les gens heureux. Sentiment merveilleux, même pour nos parents, faire trembler le Grand Charles, pas le faire tomber, mais qu’aurions-nous fait de sa place ? Non, seulement trembler, se prouver que l’on pouvait le faire. Comme un gosse à qui l’on retire les petites roues de son vélo et qui part en zigzagant fier de sa nouvelle liberté. Et elle a soufflé longtemps cette liberté, car même après, quand les choses sont redevenues normales, les idées nouvelles : le retour à la terre, le parfum des fleurs, de l’herbe, du patchouli, et les Hippies, ont continué à embaumer la vie, surtout chez nous, en Ardèche. Un jour, je te raconterai les discussions politiques avec les" mecs" venus des villes, des débats avec nous ! Pauvres ruraux ! … Et tous ces gars nous enviaient ! Puis cette année-là, nous avons eu quatre mois de vacances ! Mai, juin, juillet, août… nous avions dix sept ans !


Et le meilleur, dans toutes ces nouvelles communautés… pour nous les garçons, car pas question de leur prêter nos filles, c’était leur histoire soi-disant romantique, d’amour libre… à cet âge-là… imagine… un rêve !!! " - Mais oui Mamie, il faut bien que je lui explique… au petit. Bon.  "Hélas, tous nos espoirs, nos zigzags, nous ont conduit jusqu’ici, triste société, où tout le monde s’ennuie, chacun dans son coin.  Mais Petit, tout n’est pas perdu… peut-être, peux-tu, toi aussi, foutre un bon coup de pied dans la fourmilière pour retrouver le parfum des fleurs ? Et comme le chantait  Léo Ferré : " Mon ami, je dirais à ton  tour…à ton tour ».


PS : ce n’est hélas, pas ma grand-mère sur la photo.

 


 

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