Littérature


Le feuilleton d'édouard - 1 -

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   28-04-2008
L'Ardèche telle que les dieux l'ont dessinée
(et un peu d'édouard )

 Ce mois-ci, je vous emmène avec Edouard, à la rencontre du temps perdu depuis longtemps, celui qui aurait, d'après Edouard, créé l'image de notre Ardèche. Edouard nous propose un feuilleton pour nous le conter. Alors, avec plaisir,  je le laisse nous régaler de ses récits.
Vous savez que j'ai un petit faible pour sa plume, et je tiens à vous le faire partager, et seul,  Edouard sait jusqu'où il peut nous emmener…

Le feuilleton d'édouard Durant les longues soirées d’hiver, quand l’amitié remplace agréablement le touriste, la rencontre avec les anciens vaut tous les euros du monde.

Tenez, comme cette veillée, à Antraigues à la

" La Remise " chez le Yves, autour du four à pain. Pendant que dans l’âtre, les flammes commençaient à rougir la voûte, un verre de vin tiède à la main, le plat de châtaignes grillées sur le bord de l’immense table.

Gilbert après avoir roulé sa clope de gris dans ses doigts qui à eux seuls sont un roman, son petit doigt est plus gros que mon pouce, s’étire. Il sait que tout le monde attend, et, comme tous les artistes, il aime ça.

De sa voix douce et rocailleuse, il commence :

"Mon grand-père me disait… que son grand-père lui a dit comment le panorama Ardéchois fut bâti, il y a longtemps, très longtemps, c’était quand les animaux parlaient…

Soudain, la vallée résonne d’un hurlement qui vous glace le sang. Tous les êtres vivants de la contrée sentent monter en eux un sentiment de peur. Même les ours, les dinosaures, les lions et autres bêtes féroces semblent figés d’effroi.


La montagne a tremblé, Glun a bougé…doucement, selon son habitude. Maintenant, son pas, d’une régularité lancinante fait trembler le pays comme les prémisses d’une éruption volcanique. Inexorablement, tous les cent ans, il se détache de la falaise. Aujourd’hui c’est le solstice d’hiver qui s’installe sur le pays,  il ne dispose que d’un jour pour faire le tour de son territoire, et qui plus est, la journée la plus courte de l‘année.

Seule condition pour sa survie, ne pas voir le reflet de son image…

Il est vite rejoint par un oiseau géant, son vol lourd et malhabile lui donne l’impression d’un robot, c’est son ami, Slimf.

Slimf est son seul confident, quand, pendant des années la nature pétrifie Glun. Il lui rapporte les histoires qui courent dans son domaine, qui fait quoi, qui dit quoi… tout en le protégeant du froid ou du soleil, en repliant sur lui ses grandes ailes comme une houppelande.

-Ton pays, au sud est noyé par un grand lac, tous ses habitants sont terrorisés par un serpent des mers géant qui les attrape et les dévore.


Il te faut aller le combattre si tu veux la paix dans ton domaine, lui conseille Slimf.

-Ne perdons pas de temps, répond Glun, la journée sera courte.

A la sortie de sa vallée, les marécages couvrent le fond de la contrée. Plus bas, toute cette eau forme un lac dont seuls quelques rochers dominent.

-Comment trouver ce monstre dans cette mer ? Demande Glun.

-J’ai repéré une barre rocheuse qui empêche l’eau de s’écouler, si tu fais une ouverture, tu pourras l‘attraper! Répond l’oiseau.


Une fois sur place, nos deux compères se mettent au travail. Pour ne pas qu’il s’échappe, Glun décide de creuser dans la roche juste un trou. Il trace avec son doigt un semblant de rigole derrière pour l’écoulement. Le lac se vide. Slimf dans les airs surveille le moindre indice de la présence du monstre.

Soudain un remous se forme prés de Glun, d’une force phénoménale : le serpent passe dans le trou, s’enfuit, poussé par l’eau. Sa tête dure comme un diamant, fore la roche. Les pierres et les rochers éclatent en l’air comme un feu d’artifice. Surpris Glun plonge sa main, mais la viscosité de la bête  lui permet de ne saisir que le bout de la queue. Slimf suit la course du serpent vers le fleuve.

Il retrouve bientôt Glun perplexe devant la queue du monstre.

-Il s’est sauvé?

-Oui, et c’est tant mieux, nous voilà débarrassés! Répond son ami.

Par dessus l’épaule, Glun jette l’appendice.

Vous comprenez maintenant, pourquoi mes amis, les gorges de l’Ardèche sont si tortueuses et si profondes, quand à la queue de trois brins, elle est encore  plantée au milieu, on l’appelle la cathédrale, et le trou ?

Mais vous pouvez toujours l‘admirer: c’est  Le Pont D‘arc !


La journée de nos compères n’était pourtant pas finie.

-Dis, Yves, je crois que je peux vous dire la suite. Mais parler, sèche la gorge! Sort donc une bonne bouteille de clinton. Les souvenirs sont plus clairs quand l’esprit se brouille.

Comme la TSF a besoin de l’électricité, nos anciens ont besoin d’énergie pour fonctionner. Après avoir bu d’un trait le verre de vin rouge, un claquement de langue lui sert de clap.

" La boue laissée par l’écoulement du lac ne permet pas à Slimf de se reposer. Il le dit à son ami qui lui fit un perchoir comme un gamin fait un pâté dans le sable…Le rocher de Sampzon.

En remontant au nord, des cris, des hurlements, un vacarme digne d’un cirque. Glun et Slimf se précipitent dans l’énorme bosquet de chênes verts, un lion et un ours s’entretuaient pour manger la dépouille d’une bestiole en état de décomposition avancée… "           


A suivre...


Edouard Pailhès

 

Le feuilleton d'édouard Un grand merci Edouard, pour ton talent et ces lignes que tu offres aux lecteurs
de Ma bastide.


 



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