Littérature


l’histoire d’Edouard - Le joli mois de Mai...

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   27-04-2009
           Il ne se passe pas grand chose d’important dans cette ville de province. Aussi quand le comité des fêtes a annoncé, à  grand renfort d’affiches, en avant première, le concerts du groupe dont ma fille est super fan, un regain de joie s’est installé dans la maison.
      - « Bien sûr, ma puce, tu pourras y aller, bien sûr je te conduirai, mais oui ce matin j’irai chercher ton billet. » une maman est faite pour ça aussi.
Au centre ‘’Le Bournot’’, la file d’attente devant l’unique guichet était impressionnante et franchement très jeune. J’avais promis à Lucie, donc pas moyen de reculer.
Et c’est sous l’averse, cette pluie collante du mois de Mai, de celle qui vous donne le blues et la mélancolie, avec en échos les commentaires hystériques de toutes les filles de la région que patiemment, j’attendais le fameux sésame. J’étais complètement trempée quand la caissière me remis le fameux ticket.
Un chocolat ‘’Au Panorama’’ le bar en face, serait le bien venu. La douce chaleur de l’endroit, le plaisir du devoir accompli, et la brûlure du breuvage n’ont fait vite oublier l’attente. Au moment de régler l’addition, le serveur refusa mon argent.      
- « C’est déjà payé!
-Par qui s’il vous plait?
- Monsieur au comptoir! »
Il me désigne d’un regard un grand gaillard en manteau de cuir surmonté d’un bonnet péruvien. La politesse et surtout la curiosité m’ont conduit jusqu’à lui. Son crâne rasé, ses yeux verts m’ont fait perdre mes moyens l’espace d’un instant.  Je le connais, c’est Billy, sa photo grandeur nature habille le mur de la chambre à Lucie.
- « Merci pour le chocolat, il ne fallait pas! »
Je crois que j’ai un peu bégayée. Il m’a répondu qu’il suivait ma progression depuis plus d’une heure, le chocolat était ma récompense. Je n’ai pas osé lui dire que c’était pour ma fille. Habituée à entendre sa voix cassée chanter des niaiseries sur la chaîne Hi fi de Lucie, j’ai découvert avec stupeur, un homme sensible et touchant, peut-être même un écorché par la vie, bref, un artiste au sens noble du terme.
Il avait une journée à perdre, dans cette bourgade, il cherchait un guide. J’avais une journée à gagner avec une belle âme. Sans préjugé j’ai dit oui.
J’évitais le centre ville d’Aubenas, et c’est dans la campagne que nous nous sommes baladés. Ses émotions au contact de la nature étaient sincères, du moins j’aime le croire.
Les murs accueillants de la petite auberge doivent encore se souvenir de nos regards complices, et de nos rires quand je lui ai avoué que la place de concert était pour ma fille. La pluie, le mois de Mai, le champagne et l’instant, nous ont fait amants l‘après-midi. A dix huit heures, comme des étudiants, il fallait que nos destins se séparent.
Billy m’a laissé une carte de pass.  En me suppliant de le rejoindre dans sa chambre après le concert.
Le retour vers la maison a été un moment de doute, comment avais-je pu succomber, comme une midinette, à ses yeux verts. Il devait faire ce manège à chaque étape de sa tournée. Mais le merveilleux sentiment de cette journée incroyable masquait facilement les brindilles de remords enfouis dans ma conscience.
L’arrivée de Lucie et sa joie m’ont vite ramenée à mon rôle de mère. Pendant qu’elle se préparait pour aller voir son idole, les haut-parleurs débitaient dans la maison, la voix rauque de Billy, celle-là même qui me murmurait des mots doux mais insensés à l’oreille tout à l’heure.
- « Après le concert, je dormirai chez Sophie ma copine, elle va passer me prendre, ne m’attends pas ce soir maman » me dit ma princesse en m’embrassant.
Le destin, parfois vous joue des tours mémorables. La voilà partie, le disque continue, la voix me pénètre comme une invitation indécente. Seule, comme le CD, je tourne en rond dans la maison. Je n’ose pas me décider, partir le rejoindre ou me coucher? Après une douche, l’envie de sentir ses mains sur ma peau est plus forte que mes préjugés.
La ville est très calme, seule sûrement, la salle de concert canalise les derniers signes de vie. L’hôtel est lui aussi désert, c’est avec les joues un peu rouges, que j’ose présenter la carte v.i.p. au portier qui me dévisage avec un sourire idiot. Chambre 204. J’entre, des valises ouvertes, des guitares alignées comme un régiment, des vêtements encombrent le lit et les fauteuils. Le réveil indique 23 h 45 mn. L’air embaume son eau de toilette épicée et sucrée. Je pense à ma Lucie. Mon Dieu, quelle folie, pourquoi suis-je là? Il faut me ressaisir, rentrer à la maison, suis-je devenue folle...
On frappe à la porte, le garçon d’étage entre avec un chariot où trône une bouteille de champagne et un énorme bouquet de roses rouges. L’enveloppe est adressée: à Édith « Souviens toi de la tendresse de cet après-midi à l’auberge, soit patiente ma reine, je prends au public tout l’amour qu’il m’envoie, pour te le faire partager après. J’arrive. Ton Billy ».
Il savait donc que je viendrais.
Tel un boxeur après le combat, suivit par une horde, mon héros a réveillé tout l’hôtel, mais sa voix autoritaire a laissé ses courtisans dans le couloir. Les retrouvailles et la nuit furent merveilleuses, la séparation au petit matin, très difficile…mais le rêve a toujours une fin.
- «  Tu sais ma beauté, il est très rare que je rencontre pendant la tournée des amantes, et surtout que la vie et l’envie me laissent le temps de les aimer. Mais si un petit bout d’avenir doit s’ouvrir pour nous deux, il nous le fera savoir très vite et nous nous retrouverons, inutile de s’encombrer de stupides promesses » m’a dit mon chanteur avant un dernier baiser. 
Sophie et Lucie, ce matin là, dans le bar de l’hôtel attendent, en priant la chance, de voir Billy. Soudain, le voilà qui descend, il se retourne et envoie un baiser à une femme restée dans la pénombre sur le palier.
 « Billy…Billy…Billy, un autographe s‘il te plait. »
Billy sort un crayon de sa poche,  -Baiser pour Lucie  Billy -  Il est magnifique. J’envie la femme du palier ! Je prends mon portable pour partager ma joie avec maman… ça sonne: « Allô, maman c’est moi…maman?  » Au même moment Billy décroche le sien « Allô…Allô? Merde! » Il raccroche court vers la femme qui est déjà sur le trottoir, lui donne le portable, l’embrasse tendrement, puis revient.
Pendant que le bus doucement ramène Lucie vers la maison, elle a du mal à comprendre ou plutôt refuse la réalité.
Pourtant, en entrant, le regard de maman pétillait comme jamais.
- « Alors ce concert? » lui demanda t-elle innocemment.
- « Merveilleux, tu aurais du venir. Billy est vraiment génial, j’ai même eu ce matin à son hôtel un autographe. » a répondu Lucie avec un sourire malicieux et peut-être même …envieux.


E. Pailhès

Vient de paraître en librairie mon recueil de nouvelles :

‘’Mon Vivarais secret’’
 
 

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