L'Ardèche telle que les dieux l'ont dessinée
(et un peu d'Edouard)
Suite et fin
" Bien, repris Gilbert, par respect pour Apolline je veux bien finir mon histoire.
Donc nos deux compères après avoir éteint le volcan sur le plateau décidèrent de redescendre, vers la vallée. Déjà le crépuscule commençait à envelopper le pays. Glun et Slimf, contents de leur journée, mais sachant hélas qu’ils devraient bientôt se séparer, marchaient sans se presser dans la vallée de la Volane.
-La fois prochaine, nous essaierons de faire une grande plaine, en
supprimant un peu les collines, pour que les animaux puissent paître
sans être obligés de toujours avoir les sabots en équilibre comme les
dahus. Puis nous ferons une grande rivière qui coule par ici, au lieu
d’aller se perdre au Nord, dis Grun.
-Oui, répond Slimf, je vais pendant ton sommeil réfléchir à tout ça,
mais nous ne pourrons pas le faire avant cent ans ! C’est long.
-Tu sais bien que le temps, est une valeur élastique, des secondes
parfois durent des siècles et des siècles souvent sont parfois
indispensable pour gommer une seconde ! Reprit Glun pour consoler son
ami.
-Bien sur, mais le temps n’est hélas pour moi pas éternel. Alors, pour
nous, pour ne pas que l’on ne nous oublie, si nous faisions un coin où
les forces bienfaitrices se rassembleraient, un lieu plus fort que
Païolive, plus profond qu’Issarlès, plus chaud que St Laurent les bains
?
-Tu me demandes l’impossible ! C’est presque refaire le paradis ! Sois raisonnable Slimf, je ne suis pas le bon Dieu.
- Mais non, pas refaire l’Eden, juste un lieu où les habitants vivraient heureux et en paix, sans qu’ils sachent pourquoi !
- Bon, d’accord, faisons le ici, si tu veux, dis Glun.
- Surtout pas, répondit Slimf, il serait vite envahi par toute une
faune indésirable ! Non, ce coin de paradis serait mystérieux par
l’attrait des forces magiques du bien-être, dont seuls les habitants
profiteraient, sans le savoir.
- Un phénomène insoupçonné ? Soit, espérons seulement qu’il y est
toujours sur cette belle planète, des êtres sincères et contemplatifs
pour l’habiter, soupira Glun.
- Si tu peux faire ça mon ami, alors je t’assure que ceux qui savent ressentir le bonheur simple sauront le trouver,
j’en suis sûr ! "
En se retournant, Glun concentra ses forces et fit jaillir de terre un
piton rocheux, bientôt, tout le pays ressembla aux reflets d’un lac
quand on y jette une pierre. Le décor vacillait sous la puissance
phénoménale de Glun, qui impassible contemplait les hasards de son
œuvre, car il ne pouvait pas tout contrôler. Comment aurait-il deviné
que les merveilleuses cascades du Ray Pic étaient en train de se créer.
Soudain, un éclair étincelant déchira les cieux et une forte averse
survint… face à lui, une coulée basaltique surgit de terre…brillante
comme un miroir…Glun surprit par le reflet de son image, resta à jamais
pétrifié. "
"- Et voila, mon histoire est terminée et, Yves ta bouteille de Clinton aussi.
- Dis, Gilbert, ton histoire est finie, d’accord, mais si le Yves te
remet un fond de verre, peux-tu nous dire, où il est ce paradis ?
- Bien sûr, mon Apolline ! Ce petit coin de bonheur, c’est ici…dans ce
village, la preuve, depuis que tu es née, n’es-tu pas heureuse ?
- Oh que si, répondit Apolline.
- Mais Glun et Slimf que sont-ils devenus ? interrogea Raymond.
- Ah ça, c’est plus triste, mais si tu fais bien attention quand tu
viens d’Aubenas, au premier virage, tu aperçois "Antraigues " Regarde
sur ta gauche, Glun est là, il sourit, face à une merveilleuse coulée
basaltique de l’autre côté de la Volane.
Tu verras aussi à cet endroit, au bord de la route, une petite cabane,
et si tu passes au crépuscule, une belle chauve-souris va tourner prés
de notre ami Glun…C’est Slimf !
- Je l’avais déjà remarqué, et il est vrai que cette falaise à une
ressemblance humaine, dit Yves dont les yeux brillaient comme ceux d’un
enfant.
- Encore merci Gilbert pour cette belle histoire, toi ou ton
grand-père, avait bien écouté dame nature pour raconter de si bien
belles choses, conclut Léonce…en se levant."
Doucement, chacun va regagner son logis, la tête pleine de belles images…
Ainsi se passe, chez nous, en Ardèche, une veillée, un moment très simple, et pourtant souvent fabuleux.
Edouard Pailhès 2008
Un grand merci Edouard, pour ton talent et ces lignes que tu offres aux lecteurs de Ma bastide.
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