L'Histoire d'Edouard

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   01-12-2009
une belle histoire de Noel

Pour Jean pierre B.,

         En souvenir de Gringo et autres Yougos, merci pour eux...

 

Massoud

Quand il arriva devant les ruines encore fumantes de sa maison, le docteur Massoud compris de suite. Trop instruit, trop tolérant, trop humain tout simplement, il venait de devenir une cible pour ces gens dont le fanatisme est le terreau de leur révolution soi-disant libératrice !

Son regard soudain se porta sur un jeune soldat français qui avait en charge de sécuriser la zone. Malgré les cartouchières et les armes lourdes qui lui barraient la poitrine, Massoud reconnu de suite brillante à son cou, suspendu à une chaînette en or, une drôle de croix avec un oiseau. Il s'approcha.


"- Bonjour soldat, c'était ma maison, mais rassurez-vous il n'y avait personne d’autre à l'intérieur. Je vis seul depuis si longtemps.

 - Désolé cher monsieur, mais c'était une attaque subite et bien ciblée me semble t-il. Vous parlez très bien notre langue, où l'avez vous apprise ?

- Oh, c'est une très longue histoire, répondit Massoud en serrant dans sa poche un tout petit livre, mais pourriez-vous me dire où en France se situe le Vivarais ?

- Hélas Monsieur, le Vivarais n'existe plus! C'est le nom d’une ancienne province, appelée maintenant Ardèche, a,r,d,è,c,h,e.

- Ah bon, mais c'est où ?

- A gauche du fleuve le Rhône, en face d'Avignon et le département remonte presque jusqu'à Lyon ! Un très joli pays, à ce que
l'on dit. Voulez-vous boire, manger ?
- Oui un peu, mais plus tard, pour la route. »

Le soldat feignit de ne pas comprendre, il prit quelques dollars dans son portefeuille, supplia Massoud de les accepter, prépara un sac de victuailles, lui serra la main en lui souhaitant bon courage. De retour à l'hôpital, le docteur prit quelques affaires personnelles, dit à son entourage qu'il partait quelques temps, s'habilla alors de son costume traditionnel le ''Coshani kali'', sans oublier à la ceinture son ''Chooba'' long poignard, héritage de ces ancêtres Patchounes.

Passant par les cuisines, il prit aussi une bonne ration de ''Korma'', boulettes de pommes de terre et de viande d'agneau. Agenouillé vers la mosquée, il fit une prière, redoutant le périple qui l'attendait. Serait-il pire que celui de son aïeul Abraham Puech de Lagorce en Vivarais en 1605 ?

Toujours une main dans sa poche serrant son petit livre, chez un paysan il marchanda longtemps selon la coutume, un cheval, une selle.

Puis sans se retourner, avec une immense tristesse, face au soleil couchant, droit sur l'ouest ... il partit !

Dire que son voyage fut long, serait lui faire offense. Comme tous les hommes du moyen orient, la contemplation, la méditation et les rencontres sont toujours des sources d’espoir, et pour Massoud, elles étaient la principale nourriture de sa nouvelle existence, presque même vitale.

Engranger, pour les raconter toutes ces images, c'était merveilleux, alors il se jura de l’écrire plus tard, un jour, un jour…

(Mais pas aujourd’hui car Yveline va me gronder,  "c'est trop long !" me dirait elle.)

A Massoud, il lui fallut presque trois ans pour traverser toute l’Asie, le proche orient, l’Afrique du nord, plus de mille fois voir se lever et se coucher le soleil, instants merveilleux. Il avançait à cheval, à dromadaire, en camion, à pied le plus souvent, mais toujours le sourire aux lèvres, et dans son cœur une magnifique lueur d’espoir. Son cerveau s’imbibait comme une éponge de toutes les odeurs, toutes les lumières, tous les regards. Jamais dans son voyage il ne fut inquiété par ses origines, ni le pourquoi de sa quête.

Mais, pour Massoud, faire le chemin du retour que l’amour d’Abraham Puech pour sa belle Afghane, n’avait pas accompli, lui semblait la plus belle chose au monde. C’était la sublime ancienne route de la soie.

Son passage à Gibraltar, en échange de travail dans la soute d’un bateau de pêche, lui fut désagréable, n’ayant pas le pied marin, il lui semblait que tous ces poissons gigotant dans la cale allaient le dévorer.

Profitant de la douceur printanière, il décida de regagner la France par la côte Atlantique, n’ayant jamais vu l’océan. Il traversa le Portugal du sud au nord. Le dépaysement qu’il escomptait ne fut pas au rendez-vous, l’architecture et les bâtiments transpiraient encore l’esprit des Maures. On aurait put penser que ce pays était le prolongement naturel de l’Afrique du nord, si ce n’est la violence soudaine de l’atlantique. En rentrant de nouveau en Espagne, près des Pyrénées, son instinct de découvreur le conduisit à la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle. Là, lui sembla être le début spirituel de l’Europe, car comme lui, des dizaines de pèlerins se donnaient rendez-vous dans ce lieu pour prier. Sur leurs conseils, il continua son voyage sur les chemins de Saint Jacques, mais contrairement à eux, à l’envers, de Compostelle vers le Puy en Velay, toujours remonter dans le passé semblait être son leitmotiv.

Le pèlerinage fut merveilleux, accueilli tous les soirs dans des abbayes dont la beauté sobre n’avait d’égal que la ferveur des prières,  toutes imprégnées de pardon, pour la misère des hommes.

Massoud avançait, l’hiver aussi. Bientôt, les chemins de muletiers descendant des Cévennes, lui firent découvrir l’Ardèche…Les vallées et surtout les collines, dont les contours sont soulignés par des centaines de mètres de terrasses permettant aux hommes de cultiver la vigne ou l’olivier, lui rappelèrent son cher pays.

C’est dans la plaine des Mazes, par une nuit claire et gelée, que Massoud vit s’arrêter devant lui la camionnette dont les flashs du gyrophare bleu semblait irréel.

 - Que faites-vous là ? Montez ! 

 A la brigade de Vallon Pont d’Arc, l’interrogatoire commença :   

 -  Nom, prénom, vos papiers !

Massoud souriant, sortit de sa poche son petit livre : une bible… Il déplia soigneusement un parchemin caché dans la couverture frappée de la croix avec l’oiseau, le remit au gendarme.

- C’est une blague ? Ne bougez pas ! Allo, chef ? Venez, il y a un gros problème.

 Un homme de mauvaise humeur entra alors dans le bureau.

 - Que se passe t-il bon dieu ? Nous sommes le 25 décembre, c’est Noël, et je ne suis pas de service ! Fait voir ça ! 

 Le gendarme tendit le manuscrit à son chef :

Mois de mars, le troisième jour, en l’an 1596.

Moi, Henri le quatrième, Roi de France et de Navarre,

Ordonne de laisser passer et de prêter secours au porteur de cette missive en mission pour le Royaume. Selon la volonté de Sieur Olivier De Serre intendant du Roi en son domaine du Pradel à Villeneuve de Berg en Vivarais..

   -  Et alors nigaud, tu es content, tu viens d’arrêter un diplomate ! Cela risque de te coûter ta carrière !

   - Mais chef, il n’a pas de papiers ! C’est un clandestin ! Les nouvelles mesures, il nous faut les appliquer !

   - Ah, parce que toi et tes mesures, nouvelles ou pas, vous croyez pouvoir désobéir à un engagement pris par la France ? Par le Roi de France ? Allons, allons, laisse tomber petit. Un bon conseil, tu n’as rien vu, rien entendu, et pas un mot, je m’occupe de tout ! Ta carrière est en jeu. N’oublie pas !

      - Venez cher Monsieur, je sais où vous allez. 

Pour la première fois depuis longtemps le doute inonda Massoud. Immédiatement, le chef compris la lueur de peur dans ses yeux foncés, entrouvrant sa chemise, la drôle de croix avec l’oiseau pendu scintillait. Ensemble, sans un mot, ils arrivèrent devant un bâtiment où des chants résonnaient dans la nuit, sur le portail, en bas du perron, un écriteau’’ Eglise réformée’’, une croix huguenote était dessinée. Le gendarme, de la main, fit signe à l’homme de monter.

La salle du temple de Vallon, était plus peuplée qu’à l’ordinaire, c’était Noël, bien sûr ! Le pasteur sans prêter attention à l’étranger continua son sermon sur l’amour du prochain, la tolérance, et la paix. A la fin du culte, rejoignant Massoud, l’homme d’église découvrit stupéfait sa petite bible signée d’Abraham Puech.

- Aujourd’hui, c’est la nuit de noël, la nuit merveilleuse, qu’il me soit permis cher Monsieur de vous présenter la famille Puech de Lagorce, ils sont presque tous là, au premier rang »…

Je vous laisse deviner la suite…qui est beaucoup beaucoup trop longue (Yveline me gronderait encore…) mais je vous la raconterai surement une autre fois.

Le soir de Noël ayons une pensée pour Massoud et les milliers d’autres, quels beaux cadeaux pour eux.

 

Joyeux Noël à tous,

Et trinquons  "A l’an qui vient, si nous ne sommes pas plus, qu’au moins nous ne soyons pas moins’’

 

Très bonne année 2010, à  toi Yveline, à ‘’Ma Bastide’’ et à tous ses lecteurs.

 

  Edouard Pailhès.   

 
 



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