Jadis, vivait un porteur d'eau. Il possédait deux grosses
jarres, chacune accrochée aux extrémités d’une solide perche qu’il portait sur
les épaules. Tous les jours, il partait chercher de l’eau au ruisseau et il l’a
distribuait aux habitants et aux voyageurs à travers tous les chemins de sa
contrée. Depuis le temps qu’il utilisait ces deux jarres, il ne semblait pas
avoir remarqué qu’une des deux était fêlée. L’une demeurait parfaite, contenant
toujours une pleine portion d’eau, tandis que l’autre, à la fin d’une longue
marche, arrivait à destination toujours à moitié pleine.
Le président reprend la
parole, tout le monde a regagné sa place.
« - Après avoir fait le tour des
suppositions, je pense qu’Il est déjà au courant de nos travaux. L’heure est à
la décision, dans quel contexte pouvons –nous agir ? Dans quel but ? Pour
quelle suite ? Le changement de gouvernement ne sera pas une surprise. Le
nouveau premier ministre ? Devons-nous proposer celui vers qui vont toutes nos
pensées ? Cela est tentant. Mais pouvons-nous l’imposer sans
risque ? Non !
C’est l’histoire d’un homme qui se plaignait tout le temps.
Il disait que le monde était mal fait, la société inutile, l’homme raté, la femme envahissante, les enfants trop bruyants. Il se plaignait, il se plaignait tant et tant que dans le village on lui a dit : « Ecoute, tes jérémiades, tes pensées noires, on a peur que ça se propage. Cela ne t’ennuierait pas d’aller un peu plus loin dans cette maison en dehors du village ? » L’homme a répondu : « D’accord. »
Il a quitté son village mais pas ses pensées noires, et toute la journée, à la chasse ou chez lui, il ruminait toujours les mêmes mots :
« Le monde est raté, l’homme laid, la société inutile, la nature laide. »
“ - Mesdames, Messieurs merci d’être là, la France a voté, le Non l’a emporté. Il va nous falloir mettre en place le scénario prévu pour la sauvegarde nationale. Loin de nous d’analyser les raisons politiques de ce choix, beaucoup de tendances vont s’approprier ce vote. Notre devoir depuis très longtemps est la stabilité de la planète et surtout de la France. Grâce à votre travail, je suis sûr que les groupes constitués ont réfléchi aux solutions envisageables. Qui veut la parole ? “
Dans la salle, la voix de l’orateur résonnait comme dans une église vide. Les sièges pourtant tous occupés semblaient faire un tout avec la pièce. Une main se lève, un homme élégant, à la démarche souple se dirige vers le pupitre.
“ - Il est parfois bon de s’arrêter en chemin pour regarder dans le rétroviseur, je crois que le pays a compris. Ce n’est pas par conviction qu’il s’est exprimé mais, par raison. Le système est dépassé, le pays est ruiné ! “
Un brouhaha monte de l’assemblée, la dureté du discours est incompréhensible de la part d’un modéré comme lui.
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Le Roman d’Edouard - Episode 2
Au Coeur d’Auteurs6
02-02-2010
Géraldine Maillet • Le Monde à ses pieds • Ed : Grasset •
Née dans le Kazakhstan, pays de l’Est miséreux où les jeunes ont peu d’espoir d’un “avenir radieux”, le destin de Ruslana Khorshukov commence comme un conte de fée. Repérée par une célèbre agence londonienne, elle devient, dès 16 ans, un top model que les grands noms de la mode s’arrachent. Mais de palaces en tours du monde et de podiums en défilés, la petite princesse kazakhe s’étiole, se sent seule, se perd, dérape. Le 28 juin 2008, à l’aube de fêter ses 21 ans, Ruslana, fragile et désemparée, met fin à ses jours en se défenestrant.
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