Hommage à Jean Ferrat

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   31-03-2010

Un chanteur engagé à l’esprit libre… jamais aveuglé …


“ En bas y a un beau jardin
Avec des roses en décembre
Qui fleurissent comme en juin

Tu verras tu seras bien
Tu verras tu seras bien”…


Je sais, vous attendez tous un mot de ma part sur cet homme, non pas formidable, mais humain, juste humain.
Quel talent, déjà celui d’avoir aimé l’Ardèche et les ardéchois.
Un homme qui aimait la vie, l’amour, qui avait l’amour de la vie, simple et généreuse. Comme lui.
Que pourrais-je dire de ce Monsieur qui n’ait déjà été dit et quelle prétention aurais-je de parler de quelqu’un que je n’ai pas connu, comme d’autres l’ont côtoyé.
Non, bien sûr que non, je n’aurai pas cette arrogance-là !

Mais je conçois que ce que je peux dire de Jean Ferrat touchera certaines personnes.
Ah oui au fait, je ne l’avais pas encore nommé, vous l’aviez reconnu, n’est-ce pas ?



Alors pourquoi tant de gens touchés par sa disparition alors qu’il ne chantait plus depuis trop longtemps et qu’il ne faisait plus la une des journaux ?

Pourquoi cela nous a fait de la peine ?
Jean Ferrat proche physiquement ; comme tout un chacun, on le voyait, l’apercevait ici sur le jeu de boules, croisé chez son pâtissier, ou son resto favori, ou encore là au marché.
Avec lui, je me souviens d’avoir discuté les mérites comparés du sorbet et de la glace au…chocolat, j’ai compris qu’il était gourmand.
Et pendant longtemps aussi, je m’étais dit :” Un jour, il faudra que je lui dise”. 
On s’était déjà rencontré… j’avais 18 ans, il m’avait trouvé jolie, vous avez des “yeux de chat” m’avait-il dit. C’était au café Beaucour, avenue Hoche à Paris tout près de la salle Pleyel… souvenir, souvenir. Et bien sûr, je ne lui ai jamais dit.
Revenons en Ardèche, à Jean, Jean un homme élégant, simple, d’une gentillesse naturelle, le chanteur aux chansons qui datent, mais qui “ parlent” toujours et certaines plus que d’autres. Souvenirs aussi, du lycée où on se partageait entre Rock, chanson française, et chanson engagée… c’est l’âge.
Et puis là, on est loin du lycée, des copains, des copines et on écoute ses chansons, comme ça, et puis on écoute encore, et puis on écoute vraiment, et soudain on se laisse surprendre par l’émotion : des images en noir et blanc, gros plans sur ses yeux, sa voix, cette voix qu’on “découvre” d’une infinie douceur, d’une étrange profondeur.
Je ne crois pas que ce soit la nostalgie d’une période, mais je suis sûre que défilent au fond de nos yeux encore et encore, des temps d’espoir, d’idéaux, de respect, de sincérité, de simplicité, de relativité, car hé oui, c’est vrai, il n’y a pas si longtemps, nous n’avions pas tous ces droits, qui nous paraissent pourtant maintenant tellement, tellement naturels, et aux plus jeunes tellement évidents.
Sacré Jean Ferrat, il a raison, car toujours ses chansons sont autant de témoignages de ce que nous avons voulu oublier ou ne pas voir, ou encore qu’on ne savait pas, tout simplement.
Il a allumé la lumière et apporté l’espoir à des milliers de personnes. Voilà pourquoi tant de gens peinés sont venus lui rendre hommage, même loin d’un doux combat ! 
Tous les ardéchois sont devenus tristes. J’ai compris, Jean Ferrat était lumineux…
Et en même temps, je me dis que si un homme tel que Jean a choisi notre Ardèche, c’est qu’elle le méritait !

Ici, je laisse la place à deux personnes qui ont souhaité très fortement lui adresser un dernier adieu.

 

Parole de Châtaignier,

 
Il est parfaitement injuste de réduire médiatiquement le souvenir de Jean Ferrat uniquement à l’image du militant politique.
 
Ce grand poète à la très belle voie charmeuse que j’ai côtoyé à une certaine période était en plus de l’Homme engagé que tout le monde connaissait, l’amoureux de toutes les belles et bonnes choses de ce terroir tourmenté de l’Ardèche.
Homme habitué au projecteur, il avait choisi de vivre avec nous.
Il était avant tout avec sa simplicité, notre voisin.
Il était aussi l’Homme du Châtaignier, l’Homme du Marché aux Agnelles, l’Homme du marché du Dimanche.
 L’homme de l’amitié, de la camaraderie, des cartes, de la pétanque ...
 Mon souvenir est celui de notre Président d’Honneur de l’AASCA (association agricole de la châtaigneraie ardéchoise).
 C’est aussi cette magnifique Nuit du châtaignier à Antraigues ou je le revois encore  dans cette cuisine Paysanne que nous avions reconstituée sur la place du village. Il discute avec ses amis Ardéchois André Griffon, notre conteur et Jean Sausac, notre peintre.

Mon souvenir c’est aussi ce civet de lapin amoureusement préparé par ma compagne, pour son plaisir et celui son ami Jean et de leurs compagnes. Mais aussi ce Clinton que je devais partager avec lui et qui n’a pas supporté le transport.
J’ai aussi le souvenir de notre première rencontre chez lui, où ma fille qui avait insiste pour m’accompagner, avait beaucoup de mal à concevoir que ce grand poète pouvait l’accueillir avec autant de chaleur et de simplicité;
Même si nous nous sommes peu croisés ces dernières années, l’Homme ma beaucoup marqué.

Je ne peux m’empêcher de lui adresser cette formule qui semble être faite pour lui:
 
SALUT L’ARTISTE
 
Bernard Bruyat


 La Montagne.


A Jean Ferrat

Quand le ciel se dévoile
Emportant les étoiles,
La montagne si belle
Devient presque rebelle.
Les plus beaux liens d’amour
Sont finis pour toujours.
Là-haut dans le silence
Du firmament immense
Le souffle d’Aragon
Caresse la chanson
« Que la montagne est belle »
Comment l’imaginer
Sans toi, si loin d’elle
Puisque tu l’as quittée.


« Je crois que, sur votre magazine « Ma Bastide », vous avez parfois un coin des poètes et que vous laissez la possibilité de nous exprimer.. .
Sans prétendre à ce titre, j’aime tellement la voix de Jean Ferrat que j’ai essayé de lui rendre un petit hommage en lui destinant ces quelques mots.
Merci de les faire paraître, si vous jugez que ce n’est pas trop mal. »


Marica de Barnas
 

 



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