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Espionnage dans le ciel de la Vallée du Rhône

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   01-03-2010
C’est Paul Mathevet qui s’adresse à nous ce mois–ci avec un sujet passionnant, celui de l’espionnage.

« Dans un récent forum de discussion sur le site Internet « AEROSTORIES »; il a été évoqué le survol de la Vallée du Rhône par des avions espions. Aussi, était-il intéressant de faire un point sur ce sujet.

Depuis 50 ans, dans la Vallée du Rhône, il s’est implanté des complexes industriels et militaires de haute technologie:
    • En 1956 est créé le site nucléaire de Marcoule, à proximité de Bagnols sur Cèze. Ce site, sur lequel est construite la première centrale nucléaire française, est aussi à l’origine des applications industrielles et militaires du plutonium.
    • En 1960 est créé le site nucléaire du Tricastin à Pierrelatte. A l’implantation d’une centrale nucléaire sont liées les usines d’Eurodif et de Comurhex chargées de l’enrichissement de l’uranium.
    • En 1966, débutent les premiers travaux sur le site du plateau d’Albion, dans la région de Saint Christol, de la base de lancement des missiles sol-sol balistiques stratégiques. De 1971 à 1996, les 27 silos de missiles, les 2 postes de conduite de tir et la base de Saint Christol seront les endroits les plus secrets et les mieux gardés de France.
Mais que s’est-il passé le 17 juillet 1965  dans le ciel de la Vallée du Rhône ?
Voilà les déclarations du contrôleur MR de Rambert Radar : « Ce jour-là, un contrôleur de circulation opérationnelle militaire de Rambert Radar, station implantée à Lyon-Satolas, prend en compte deux RF-101 Voodoo de l’USAF (Aviation militaire américaine) en provenance de Laon à l’altitude de 32000 pieds (10500 mètres environ). Ils souhaitent venir s’entraîner dans la région de Privas et côté ouest du Rhône. Situation tout à fait courante, puisque tous les jours des RF-101 venaient s’entraîner dans les Alpes, le Massif Central et la Vallée du Rhône, en plein accord avec la réglementation en vigueur et sous contrôle des stations radar françaises. Il s’agit d’une mission d’interception par les Super Mystère B 2 de l’Escadron de chasse 2/30 « Normandie-Niemen de la 5ème Escadre de chasse basée à Orange-Caritat. L’interception se déroule normalement, les appareils américains montent à 10000 ou 15000 pieds pour contrer l’attaque  et le combat dure quelques minutes.
Tout le monde est content, les appareils américains sont de retour à leur base sous contrôle de Rambert Radar. Le responsable de la 5ème Escadre fait son compte rendu d’interception en donnant la position moyenne de l’interception. Son message est transmis à l’Etat Major d’Aix en Provence, puis au Centre Opérationnelle de la Défense Aérienne à Taverny. C’est alors qu’un petit futé remarque que la position de l’interception se situait dans la Drôme, près de Pierrelatte. Le lendemain, la radio et la presse font état que deux avions à réaction américains avaient été surpris en flagrant délit d’espionnage au-dessus de Pierrelatte par la vigilante chasse française.... On constate la passivité de l’aviation militaire américaine ou plutôt celle du gouvernement américain au cours de cet incident aérien entre Paris et Washington. Il y eu la remise des films provenant des avions de reconnaissance: jamais une vue prouvant  que l’usine  du CEA  avait été photographié ne fut publiée. Par mesure d’économie dans l’Armée de l’Air, les conversations des contrôleurs au sol n’étaient pas enregistrées, mais il est fort probable, qu’au contraire les pilotes des RF-101 les enregistraient. Ils auraient pu prouver que cette affaire  était une invention de la politique anti-OTAN du gouvernement gaulliste de l’époque. Ils ne le firent point. De toute façon, le SMB2 avait peu de chance d’intercepter un Voodoo...sans que celui-ci  ne s’y prête  de bonne grâce.
Le gouvernement de l’époque a toujours fermé les yeux lorsque journellement, Rambert Radar signalait au Centre de Contrôle Régional d’Aix en Provence que les Tupolev 114 Cleat  de la compagnie russe Aeroflot, de la CSA tchèque et même de la compagnie cubaine Cubana déviaient irrésistiblement  vers le sud dans le couloir aérien Genève-Montélimar-Perpignan, avant de se retrouver à la verticale de Pierrelatte. A l’époque, aucune carte de navigation aérienne n’indiquait une quelconque interdiction du survol de ce site, seule l’usine de Marcoule bénéficiait  d’une zone d’interdiction de survol à basse altitude. »
Source : Ouvrage « L’Amérique contre de Gaulle – Histoire secrète (1961-1969)» par Vincent Jauvert.
Source : Retours de Manivelle  par M.R.
Déclaration du pilote du Vautour 2 N: Pilote : Lieutenant L ; Navigateur-radariste : Sergent B.
« Décollage de Nîmes, où nous sommes provisoirement basés, dans l’après-midi du 17 juillet 1965, sur le Vautour 2 N, n° 345, pour recherches et interceptions d’opportunités sous le contrôle de Rambert Radar.  Nous volons paisiblement  à 30000 pieds sur un axe Lyon-Orange par temps beau et clair quand j’aperçois, à très basse altitude, un réacteur non identifié dont Rambert Radar n’a pas connaissance. Intrigué par ses évolutions dans une zone formellement interdite de survol (usine nucléaire de Pierrelatte), je demande l’autorisation d’aller le reconnaître à vue. Aérofreins sortis, nous sommes derrière lui en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Etonnement de ma part: l’appareil un Voodoo RF-101de reconnaissance de l’US Air Force effectue des allers et retours à 300 pieds (environ 100 mètres d’altitude) sur l’usine de Pierrelatte. Nous nous approchons en formation serrée et, stupéfaction visible du pilote qui met pleins gaz et dégage vers le nord à 550 noeuds (environ 1000 km/h), suivi du Vautour. Après une minute, estimant sans doute avoir semé « le petit français », il revient sur l’usine, toujours à 300 pieds.  Et que découvre t-il, au deuxième passage, proche de son aile droite ? L’équipage du Vautour en train de relever son identité ! Apparemment fâché, il allume les deux post-combustion et nous quitte (sans saluer) en montée vers Montélimar. Nous rendons compte à Rambert Radar, rentrons sur Nîmes et nous nous retrouvons le lendemain matin presque impliqués dans un incident diplomatique. Et les copains : « On te visitera, on t’apportera des oranges, etc ». Plus sérieux, le Général EZZANO, Commandant la Défense aérienne, a obtenu, suite à mon compte-rendu, la remise par les autorités américaines des 175 photos de l’usine de Pierrelatte. Et les journaux titrant : « La France accuse les USA d’espionnage atomique », « Washington récuse », etc, etc. Le lendemain, convoqué à Taverny, je m’explique, me fais féliciter (oui, oui, c’est vrai !), et rentre à Nîmes retrouver mes camarades déçus : pas d’oranges, pas de visites au parloir... L’épilogue appartient au Général Ezzanno, un grand bonhomme (si je puis me permettre) qui alliait la « classe » à l’humour. Il me téléphone quelques jours plus tard disant : « Merci Lieutenant  L. il y a longtemps que nous attendions cette preuve. Sachez que vous avez été récompensé, comme d’habitude en la personne de vos chefs : le Ministre  m’a attribué une lettre de satisfaction ! »
Source : http://wwwaeromed.fr/AEROMEDN

Alors, entre le contrôleur au radar qui évoque des SMB 2 et le Lieutenant L  aux commandes de son Vautour et qui témoignent tous les deux de cette « interception », qui croire ?
Dans le journal TIMES du 30 juillet 1965, un article concernant cette interception donne le nom du pilote américain, le Captain Joseph P. SMITH, et qu’il a pris 175 clichés…  http://www.time.com/time/magazine/article.html»  Dans le site http://www.sembachveterans.org/66thTRWEurope.pdf -(page19)  il est fait état d’une interception identique le 16 avril 1965 d’un appareil du 66th TRW piloté par ce même pilote.

Mais que s’est-il passé le 27 octobre 1972 dans le ciel de la Vallée du Rhône ?

Un Faichild C 119, serial 82-5936, appartenant au 1st TAL Squadron du 907 TAL Group de l’US Air Force, s’écrase au sol, vers 13h 30, à proximité du village de Le Poët en Percip sur la commune d’Aulan (Drôme). Un fort vent du sud souffle sur la région et le temps est à l’orage. L’appareil a quitté sa base de Lockbourne (Ohio) pour une mission de convoyage à destination d’Amman en Jordanie. Après avoir fait escale au Labrador, puis en Islande, il arrive sur la base américaine de Wiesbaden en Allemagne. Il quitte cette base à 8h 48 le 27 octobre à destination d’Athènes. Il est suivi par le centre de contrôle aérien d’Aix en Provence qui enregistre les points  de contact radar et qui constate la localisation de la chute de l’appareil.
A bord de l’appareil : Major Francis T.DURKIN pilote, Lt/Cl Dale R.ANDERSEON co-pilote, Major Marion R.MECKSTOTH navigateur, T/Sgt William R.BARBOR mécanicien et T/Sgt William L.CHAMPION. Ces cinq personnes trouvent la mort dans cet accident. Une plaque commémorative en leur mémoire se situe sur le Monument aux Morts de la localité d’Aulan. Compte tenu de la présence de cet appareil américain à proximité de sites hautement stratégiques (site nucléaire du Tricastin et de la zone de tirs des missiles stratégiques du Plateau d’Albion), cet accident est resté relativement confidentiel. La totalité des débris de l’appareil a été récupéré par l’aviation américaine dans le cadre de l’enquête afin de reconstituer l’appareil dans un hangar de la base de Ramstein.

Source: Notes personnelles de Paul MATHEVET à partir du rapport d’accident.

Dans le passé ?
Entre 1928 et 1937, le couloir rhodanien a été survolé, à de nombreuses reprises, par le dirigeable allemand « Graf Zeppelin ». Cet appareil effectuait des liaisons aériennes entre Friedrichshafen en Allemagne et Rio de Janeiro au Brésil. Une note officielle du Ministère de l’Intérieur précisait son itinéraire qu’il devait suivre en ligne droite sans s’écarter de plus de 10 km à droite ou à gauche. De plus, aucune photographie du territoire français ne devait être prise par l’équipage.  Suite au non-respect de ces clauses, le dirigeable fut accompagné, tout au long de son survol du sol français, par un avion militaire de la base aérienne de Bron.
De nos jours ?
Dans les années 1990, lors de la guerre en Bosnie-Herzégovine, les U 2 de l’aviation américaine, basés à Istres, qui étaient chargés de la surveillance aérienne au-dessus de ce pays, effectuaient de temps en temps un survol de l’usine de Pierrelatte.
Depuis les attentats du 11 septembre 2001 à New York, la surveillance aérienne du ciel français s’est considérablement renforcée. Dans la région, les radars militaires du Mont Verdun dans la région de Lyon et du Mont Agel dans la région de Nice sont en alerte permanente. Les survols de tous les sites nucléaires sont réglementés et toute infraction est immédiatement réprimée par l’interception de l’appareil, par une action militaire. Le survol des différents sites nucléaires de la Vallée du Rhône, en vol à vue (VFR), est interdit en dessous d’environ 1200 mètres, toutefois il est possible dans les cas de transit pour les vols, mais suivis par radar (IFR).   


Espionnage sur la Vallée du Rhône
© Paul MATHEVET- Association Rhodanienne pour le Souvenir aérien (ARSA)

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Merci à Paul Mathevet pour sa gentillesse de nous faire partager son travail de recherche
 

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