Les Menaces, des poisons relationnels
Anne-Marie monte dans sa voiture.
Comme chaque matin, depuis quelques semaines, elle respire difficilement, a une boule au fond de l’estomac. Elle a mal dormi. Aujourd’hui encore, devra-t-elle supporter des menaces sur son lieu de travail ? Ces menaces portent sur des contraintes de temps, des craintes de déqualification ou de mise au chômage. Elles sont associées à des demandes irréalisables et à un contexte déstabilisant (ordres, contre ordres, changements de procédures …)
Comment Anne-Marie peut-elle dépasser cette situation ?
Parmi les pièges relationnels, s’il en est un incontournable, véritable poison c’est bien la menace. L’exemple d’Anne-Marie nous montre combien un climat menaçant peut altérer la motivation, la confiance en soi et même la santé. Bien sûr, l’intimidation n’est pas limitée au monde du travail, elle peut se manifester aussi au sein de la famille, dans le couple etc.
Reconnaître la menace, c’est faire le premier pas pour la neutraliser. Car si elle est parfois formulée directement, elle peut être aussi sous-entendue et se nicher dans des phrases ordinaires de notre quotidien :
-“Si tu veux pointer au chômage, continue comme ça !”
-“Ne prends pas le volant, je veux arriver entier. »
Le fait d’anticiper sur l’incapacité de l’autre contient une menace en germe.
A un enfant : -“Ne cours pas si vite, tu vas transpirer, tu vas encore être encore malade !”
Et oui, la maladie, lorsqu’elle est secouée comme un épouvantail, peut devenir une menace. Elle limite, pousse « à ne pas faire, de peur de… ». Autant de phrases apparemment anodines mais qui multipliées, contribuent à endommager la relation en détériorant la confiance.
Comment ça marche ?Comme nombre d’enjeux relationnels, la menace participe au maintien des rapports « dominant/dominé ». L’être humain, consciemment ou inconsciemment va, soit imposer son point de vue, soit se soumettre à autrui. L’homme a beaucoup de difficulté à renoncer à cela. Pourtant Jacques SALOME nous a montré que pour qu’une relation demeure équilibrée, durable, vivante, les rapports de force doivent s’alterner, s’harmoniser.
Si nous observons d’un peu plus près, cette question, nous découvrons que celui qui menace est bien souvent démuni.
Et c’est parce que lui-même est en proie à la peur (peur que son enfant ne réussisse pas, peur que l’entreprise perde le marché, peur que son partenaire l’abandonne …) qu’il recourt à la menace. Il n’en mesure pas toujours le coût relationnel, et ne se rend pas forcément compte que cette pratique peut l’amener exactement vers ce qu’il craint.
Comment désamorcer ?1) J’observe la menace qui me préoccupe.
Est-elle réelle ? Ou bien, contient-elle une part de « répression imaginaire » de « danger fantasmé » ? Ou est-ce que je minimise cette menace ? Dans tout les cas, je ne me raconte pas d’histoire.
2) Comme dans toute situation difficile, je me relie au centre de moi-même en osant dire « JE ».
3) Je me positionne en affirmant si nécessaire, mon droit au respect.
Que faire quand je suis démuni et que j’aurai tendance à utiliser la menace ?1) J’accepte d’être démuni. J’arrête « d’accuser la terre entière ».
2) J’observe ce qui se passe en moi.
3) Je parle de ce qui se passe en moi.
Prenons un exemple où parler de son désir peut remplacer la menace.
La fille de Anne a 16 ans. Elle souhaite devenir comédienne. Elle tente sa chance dans un cours. Ce choix inquiète Anne.
Plutôt que de dire « Si tu veux faire ce genre de métier, ne viens pas te plaindre, si tu meures de faim ! » qui est une menace, il est possible pour Anne de parler de ses peurs mais aussi de ses rêves : « Depuis que tu es toute petite, je t’imaginais travaillant dans la recherche, dans un univers scientifique. Cette image me plaisait et a pris beaucoup d’importance en moi ».
Peut être Anne a-t-elle investi sa relation avec sa fille de façon compensatoire :
« Mon enfant fera ce que je n’ai pas réussi à faire.» Peut être Anne est-elle inscrite dans la « perpétuation d’une tradition familiale ».
Peu importe, en osant parler d’elle-même, elle se dégagera de l’entrave et surtout remettra du lien avec sa fille.
J’entends parfois la remarque suivante:“Mais alors, on ne peut plus rien dire aux gens ! …On laisse tout faire !”
Ce n’est pas du tout ce que j’avance. Nous pouvons et devons poser des limites et exprimer nos exigences. Mais cela peut se faire autrement qu’avec des menaces, de façon plus constructive.
*Jacques SALOME est l’auteur de nombreux ouvrages, il a créé une approche simple et efficace pour mieux communiquer. Il la nomme méthode E.S.P.E.R.E (Energie Spécifique Pour une Ecologie Relationnelle Essentielle).
Note : La menace soulève aussi des questions juridiques qui ne sont volontairement pas traitées dans cet article à vocation relationnelle.
Illustration : REIKO
Actualité :En Ardèche : Séances individuelles sur R.V / Ateliers mensuels méthode E.S.P.E.R.E. / Ateliers mensuels de psychosynthèse.
En région parisienne : formation à la psychosynthèse :«L’arbre dans la graine »du 06/07 au 10/07 à Montbouy 45.
En Aquitaine : Stage d’été pour professionnels :
« Les enveloppes corporelles » WE du 14/07/09.
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